Presque au bout du bout du monde…

     Salut à tous, vous voilà devant le peut-être dernier article de notre voyage. Il devait bien y en avoir un, et ça risque fortement d’être celui-ci. Presque deux ans de passionnante narration qui s’achève, mais ne soyez pas triste, bientôt nous nous retrouverons tous ensemble pour revenir à la tradition orale 🙂 L’excitation du retour commence à se faire sentir, le cours du temps semble doucement ralentir, le moment sera bientôt venu de lever le camp!

Il y a un moment qu’on ne s’est plus retrouvé le clavier à la main, la concentration en événements intéressants a un peu maigri, et notre feignantise grandissante n’a rien arrangé. Il est temps d’y remédier!

     Il y a déjà deux mois et demi, on remettait les pied sur le « mainland », la tête chargée de souvenirs de notre séjour en Tasmanie, laissant derrière nous les prémisses de l’hiver. Le temps de la traversée, on récupère 20°, mais aussi l’encéphalogramme plat du paysage australien. Ne pas regarder derrière, tirer le meilleur parti du temps qu’il nous reste, on respire un grand coup et c’est parti, direction Philip Island, une centaine de bornes au sud de Melbourne. Fini les endroits idylliques rien que pour nous, c’est en nageant dans une marée de touristes asiatiques qu’on fera notre petit tour. La force du flot de chinois tapant contre la porte du centre d’information n’a rien à envier à celle des vagues qui aujourd’hui sont particulièrement remontées. Ça bouillonne le long des côtes, et la houle vient s’écraser sur les rochers projetant des murs d’eau qui ne sont pas loin de venir mouiller nos chaussures.

     On ne s’attardera pas trop, et on file vers « le Prom », ou Wilson Promontory National Parc, qui par ici est une vraie célébrité. Comme son nom l’indique, le Prom est un « promontoire » formant une péninsule, avec au centre une montagne qui a comme poussée dans la mer. Tout est couvert de foret, la côte reçoit ici pas mal de précipitations, y compris le jour de notre visite. Pas de quoi nous décourager, mais la vue du sommet était plutôt du genre bouchée. Une micro éclaircie le temps d’une seule photo qu’on vous fait partager.

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     C’est bien joli mais ce n’est pas pour autant un endroit exceptionnel. Sa réputation est surtout due à la proximité de Melbourne, et à son camping de plus de 400 places. C’est le lieu de villégiature par excellence pour un week-end en famille, mais sinon pas de quoi casser trois pattes à un canard. La vraie surprise est venue de la faune. Le long de la route qui mène au Prom, derrière une épaisse couche de bosquets se cache une grande plaine où kangourou gris, wombats, émeus, se baladent en concentration impressionnante. On y rencontre un type qui semble être photographe animalier et qui passe le plus clair de sont temps ici. Le meilleur guide qu’on puisse trouver dans un endroit pareil. Voilà quelques clichés du jour, et aussi un de nuit, de notre compagnon le possum 🙂

     Non loin de là se trouve une île au doux nom de Raymond Island. A quelques dizaine de mètres de la côte un tout petit ferry t’y emmène gratuitement. L’île est toute petite et n’a vraiment rien de spéciale si ce n’est la concentration de koalas. Une demi heure suffit pour en faire le tour et dans presque chaque arbre, un gros sac de poil roupille sur une branche, mais rarement deux sur le même arbre. Probablement pas la saison des amours :). Ça à l’air sympa la vie de koala…

     A partir d’ici la côte commence à être vraiment très peuplée, les stations balnéaires, boutiques RipCurl et vendeurs de glaces se partagent un territoire où il n’y a rien de vraiment passionnant, du coup on vire gauche toute et on trace dans l’intérieure des terres en direction du toit de l’Australie, le mont Kościuszko. On est pas tout à côté, et il va falloir emprunter une bonne grosse route en terre qui sillonne à travers les collines qui paradoxalement forment le Snowy River National Parc. Difficile d’imaginer qu’il puisse tomber de la neige par ici… Retrouvaille avec les paysages de l’outback, eucalyptus, sécheresse et 120km de route défoncée au programme.

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     Et nous voilà au pied du Kościuszko. Pour un sommet à 2230m, on s’attendait à voir un semblant de vraie montagne mais pas du tout. Le parc est une sorte de haut plateau où une des collines a décidé de pousser un tout petit peu plus haut que ses voisines. La quasi totalité de l’ascension se fait en voiture, ne reste plus qu’un petit 9km de marche quasi plate sur un chemin parfaitement aménagé pour arriver au « sommet ». Ici pas d’arbres, les forets australiennes ne sont pas habituées à pousser au dessus de 2000m. La vue est quand même bien belle mais c’est surtout le retour via un chemin un peu détourné qui nous offrira les plus beaux points de vue.

     Le Kościuszko est aux portes de Canberra, la capitale administrative, et malgré toutes les horreurs qu’on a pu entendre à son sujet, on va quand même aller y jeter un œil.

Pour une capitale, l’histoire de Canberra est un peu particulière. Le 1er janvier 1901 les 6 colonies d’Australie se constituent en fédération (avec la Nouvelle Zélande qui à la dernière minute s’est retirée du projet). Sydney et Melbourne sont déjà très développées et se bagarrent la « présidence ». Pour ne pas faire de jaloux il sera décidé d’implanter la capitale quelque part entre les deux, et c’est Canberra, la micro bourgade de l’époque, qui sera choisie. Du coup il y a tout à faire, et la ville et son aménagement sortent directement d’un cabinet d’architecte. Elle a donc très peu, voir pas du tout d’histoire, et le lac Burley Griffin du centre n’a été fini de remplir qu’en 1964 !

Pour ne pas être trop dur, on va dire que cette ville a très mauvaise réputation, même les politiciens du parlement préfèrent venir aux assemblées de loin plutôt que de vivre ici. Il faut dire que c’est la seule grande ville du pays qui n’est pas le long de la côte ou à moins de 50km de l’océan. Dur ! Les Australiens s’accordent à dire que c’est une ville morte où il n’y a pas grand chose à faire, et c’est tout à fait vrai. Par contre ils avaient oublié de mentionner que c’est aussi vraiment très moche !

Paradoxalement, pour un pays anti-communiste par culture, leur capitale semble directement sortie de l’ancien bloc de l’URSS. Des immeubles carrés un peu tous pareils, de 3 ou 4 étages, s’enchaînent à plus en pouvoir le long d’un énorme boulevard qui coupe la ville en deux. Au bout, le parlement au centre d’un double rond point. C’est tout à fait l’image que j’ai de Bucarest et de l’immense palais de Chaochesku, mais en beaucoup plus moche. Le bâtiment a tout d’un bunker qu’on a même pas osé prendre en photo, l’objectif n’aurait pas supporté !

Les ambassades s’agglutinent toutes autour, et entre chaque « quartier » s’étalent de grands « parcs » qui ne sont en faite que des étendues de rien, avec de l’herbe sèche et quasi pas d’arbre. Bref que du bonheur.

Il y a quand même du positif. D’une, aujourd’hui c’est la manif des chauffeurs poids lourds, du coup on arrive à Canberra accompagné d’un cortège de routiers en colère bien décidés à encercler le parlement. On se sentirait presque un peu chez nous :). De deux, à quelques dizaines de kilomètres se trouve un musée de l’espace vraiment très intéressant, sur le site de la plus grosse antenne parabolique de l’hémisphère sud, 70m de diamètre et encore en activité. Elle fut construite à l’époque des missions Apollo par la NASA pour suivre les modules, et sert aujourd’hui à suivre des sondes spatiales. On est maintenant incollable sur le conquête lunaire, la vie en module et l’insondable mystère du« comment faire popo dans l’espace sans se laisser déborder » n’a plus de secret pour nous 🙂

     Après tant de « brut » il faut retrouver un peu de douceur. Un peu plus loin sur la route se trouvent les Jenolan Caves. Un coin assez impressionnant où est rassemblé un réseau de plusieurs dizaines de kilomètres de grottes qui, à se qu’on dit, seraient les plus vieilles formations de ce type au monde. La grande majorité du réseau se fait en mode spéléo, mais le petit tour dans les grottes de « surface » vaut déjà bien le détour. C’est aussi là qu’on fera notre première rencontre avec un curieux piaf, l’oiseau lyre, qui est le recordman incontesté de l’imitation de bruit en tout genre. Son répertoire va de l’alarme de voiture, à la sonnerie de téléphone portable en passant par le bruit de tronçonneuse, ce qui rend la balade en foret un peu cocasse par moment.

     Au départ de ce joli spot, on se rend compte qu’on est déjà bien remonté vers le nord, on est presque au niveau de Sydney mais pour pouvoir rejoindre la côte il va falloir traverser les fameuses blues mountains.

Sans en avoir entendu vraiment parlé ni avoir vu de photos, on s’attendait franchement à un enchaînement de collinettes couvertes de forets d’Eucalyptus, et en fait on a vraiment pris une claque ! On ne comprenait pas trop pourquoi ces blues mountains étaient restées si longtemps infranchissables aux premiers colons, mais une fois sur place, ça devient évident. Tout le parc est en faite une sorte d’énorme rift, une cicatrice de plusieurs kilomètres de large bordées de falaises abruptes qui filent le vertige. Les ruisseaux s’en jettent d’un peu partout, formant de magnifiques chutes d’eau, tout en continuant d’accentuer les arêtes de l’immense « balafre ». C’est un coin superbe, qui a vite eu fait de trouver sa place dans les plus beaux endroits d’Australie qu’on ait pu voir. L’affluence de touristes asiatiques (encore), et le téléphérique qui a été planté là pour ceux qui ne se sentent pas de marcher un kilomètre, ne gâchent pas trop le spectacle, la scène est bien assez grande pour tout le monde. Sorti des endroits situés à moins de 50m d’un parking il n’y a plus personne, et le chemin de rando accroché à la falaise, qui passent sous les chutes, sur près de 3 km, est vraiment 5 étoiles !

C’est là que s’achève notre grand tour des parcs nationaux d’Australie. On est loin de les avoir passé tous en revue, chaque état en possède plusieurs centaines, la moindre colline au milieu des champs est classée, mais dans la longue liste des parcs qui nous intéressaient, on en aura pas raté beaucoup. Il est loin le temps où, à la Lemon myrtle farm, on épluchait le Lonely Planet pour mettre des annotations sur la carte…

     Et nous voilà arrivé à Sydney. Inutile de vous dire qu’on ne va pas y passer trois plombes, mais n’empêche, l’atmosphère qui y règne est bien agréable. Petit marché, jolies plages, et population joviale, avec Perth et Melbourne c’est un autre endroit où il fait bon vivre. Tout le monde a déjà vu en photo le fameux opéra de Sydney, et comme un film qu’on nous aurait trop vanté, une fois en face il est un peu décevant. Certes l’architecture reste unique en son genre, mais il est beaucoup moins grand que dans notre imagination. Pour autant, il a fière allure vu de l’Harbour Bridge qui traverse la baie. Pour la petite histoire, les Australiens ont voulu faire fort à l’époque où ils l’ont construit. Long de 536m, il devait être l’arche la plus longue au monde, mais New York leur a volé la vedette en inaugurant juste avant le Bayonne Bridge qui ne fait que 63cm de plus… comme on dit c’est ballot !

     On est le 24 avril, et une grande décision s’impose : rester ou non à Sydney pour les commémoration de l’ANZAC day ? Kézaco ?, c’est la célébration nationale la plus incontournable, encore plus célébrée que la fête nationale. De l’ANZAC day tu en manges à toutes les sauces, toute l’année. Chaque ville, même la plus petite, à son ANZAC street, son ANZAC parc. La moitié des boites de biscuits sont estampillés ANZAC, et dès qu’il s’agit de faire référence à la place de l’Australie dans le monde contemporain, on te sert direct une référence à l’ANZAC day. Petit éclaircissement :

L’ANZAC, acronyme de Australian and New Zealand Army Corps , désigne les troupes originaires d’Océanie ayant combattu durant la Première Guerre mondiale. Les célébrations ont lieu le 25 avril de chaque année, en Australie, mais aussi en Nouvelle Zélande, aux Samoa, aux Tonga, aux îles Cook à Niue ainsi qu’en Nouvelle Calédonie et en Polynésie Française. Elles commémorent la sanglante bataille de Gallipoli entre les Australiens et Néo-Zélandais de l’ANZAC et l’armée ottomane, en 1915, et l’engagement des troupes australiennes et néozélandaises en France et en Belgique.

Pour éliminer l’empire ottoman, allié de l’empire AustroHongrois et de l’Allemagne, des forces alliées sont chargées de s’emparer d’Istanbul. Le 25 avril 1915 commence le débarquement de l’ANZAC à Gallipoli, mieux connue par chez nous comme la bataille des Dardanelles. 8 141 Australiens furent tués au cours de cette bataille perdue par les alliés.

C’est donc une commémoration militaire, où l’on rappelle « la bravoure insouciante pour une bonne cause, l’esprit d’entreprise, la débrouillardise, la fidélité, la camaraderie et l’endurance » du peuple australien à coup de clairons et de coquelicot à la boutonnière.

On ne va pas minimiser l’implication de l’Australie pendant la première. Avec une population de cinq millions d’habitants, l’Australie dénombra 210 000 victimes (60 000 morts et 150 000 blessés) soit 65% d’un contingent entièrement volontaire. C’est le plus lourd tribu, proportionnellement à sa population, de toutes les nations en conflit. Pour autant, si on devait faire une commémoration nationale pour chaque bataille qui a tourné au carnage en Europe, entre la guerre avec la Prusse, la 1ère et la 2ème, on serait en congé tous les trois jours. C’est un exemple parmi tant d’autres qui montre que nos rapports à « l’Histoire » sont complètement différents, que les occasions pour les australiens de se sentir partie intégrante d’une grande nation à l’échelle du monde ne sont pas si nombreuses, et qu’il ne faudrait pas les laisser passer une bonne occasion de célébrer un nationalisme assez exacerbé. Heureusement ils ont la décence de ne pas aller, comme nous, jusqu’à la parade militaire et les chars en pleine rue. Nationalistes certes, mais surtout pacifistes.

Pour nous « le jour de l’ANZAC day on reste dans notre lit douillet, la musique qui marche au pas, cela ne nous regarde pas », on file vite fait avant le début des hostilités 🙂

La boucle est maintenant presque bouclée, le temps de se dorer un peu la pilule le long de la côte, de profiter des températures qui remontent en même temps que nous vers le Nord on se retrouve vite à Brisbane. Retour à la case départ, 45 000 km au compteur. On en profite pour faire une petite visite à notre hôte de Toowoomba qui nous avait gentiment ouvert sa maison il y a plus d’un an, et comme à l’époque, il est temps de se remettre, une dernière fois on l’espère, à la recherche de boulot.

Déjà l’an dernier ça n’avait pas était chose facile, mais cette année c’est encore pire. Très peu d’annonce, beaucoup d’autres backpackers. C’est franchement la misère de trouver du boulot dans le Queensland, et cette compétition incessante pour se partager des miettes nous court vraiment sur le haricot. On a clairement plus ni la patience, ni la motivation. Re salve de CV dans tous les coins, on repasse en revue tous les bio dans un rayon de 500km, rien, mais ça n’aura pas été complètement inutile. Après une semaine qui nous aura paru interminable on se trouve un petit boulot chez un producteur de patates!

Pour le coup c’était pas si mal, patron sympa, hébergement gratuit sur la ferme avec frigo, douche et électricité, partagé avec un couple d’allemands. 10h de boulot par jour trimbalé dans notre carrosse, le « patator », a simplement enlever les mottes de terre qui se faufilent avec les patates. Pas passionnant c’est sûr mais l’expérience australienne c’est aussi savoir apprécier le peu que tu as quand tu en as. On était censé faire ça 4 semaines, mais une semaine a suffi pour récolter toutes les patates, du coup rebelote il faut trouver autre chose.

     On sort notre carnet d’adresses, après 15 mois, on commence à connaître un peu de monde, et pas bien loin d’ici, à 400km au nord, la saison des mandarines bat son plein aux alentours de Bundaberg. Ce sera là sinon rien, on ne va pas remonter plus haut.

Ici c’est l’épicentre du monde des backpackers. Les « working hostels », sorte de cage à poules insalubres pour esclaves modernes dont on vous a déjà parlé, pullulent. La quasi totalité des boulots sont distillés par les contractors, grands manitous de ce système répugnant. Le « packing shed » d’agrumes où travaillent nos amis est au ralenti en ce moment, il faut trouver une solution de dépannage en attendant que ça reprenne. Sans se faire trop d’illusion on contacte un de ces contractors en posant nos conditions : tu nous trouves du boulot et on bosse pour toi (en sachant qu’il te prend presque 3$ de l’heure sur ta paie) par contre hors de question de s’installer dans l’auberge, on reste dans notre van. C’était gonflé, et, chose inimaginable, c’est passé. Alors voilà la situation depuis trois bonnes semaines : on bosse dans un packing shed d’avocats, c’est pas l’éclate puisqu’on ne travaille jamais plus de 25 à 35h par semaine, mais l’ambiance est convenable. On est les seuls backpackeurs de la région à travailler sans résider dans un working hostel, à ne pas faire des journées de 8h dans les champs de tomates cerises pour 30$/jour, ni à se faire parler comme à des chiens par des managers asiatiques. C’est moche, mais toute proportion gardée, on est loin d’être les plus mal lotis. Les siècles sont passés, les mœurs se sont adoucies, mais le sentiment d’être un esclave noir dans un champs de coton est perceptible. Heureusement que les managers ne se baladent pas à cheval au milieu de tout ça!

Ici, quand tu résides en auberge, tu ne t’exposes pas seulement à choper des puces de lits avec tes 12 collègues de chambrée, alors qu’une fois tes traites payées tu as juste de quoi t’acheter des pâtes, tu risques aussi ta vie. En 2000, non loin d’ici, à Childers, à deux pas de notre boulot, un australien de 35 ans jaloux des « backpackers qui lui volent son travail » allume un feu dans la cage d’escalier de l’auberge. La vieille bâtisse est en bois, l’ensemble vétuste plein de backpackers entassés dans des chambres sans fenêtre s’embrase comme un fétu de paille. Le toit ne traîne pas avant de s’effondrer, bilan 14 morts. Certes ce cas là est extrême, mais pour les jeunes voyageurs qui ne trouvent pas d’autres choix que d’alimenter ce système, le revers de la médaille australienne gardera un goût amer.

Nous on reste donc fidèle à notre bon vieux van, installé sur une air de repos où on avait passé une de nos premières nuits en van l’an dernier :). L’objectif : s’infiltrer dans le packing shed d’agrumes avec nos deux couples d’amis installés dans une ancienne église quand la saison reprendra, peut être d’ici deux semaines, et ne plus engraisser notre contractor assis sur sa chaise. 

Voilà vous savez tout! On vous dit à bientôt pour de vrai!!! Des bisous!!!

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Tasmanie part 2

Salut à tous, vous voilà en partance pour notre deuxième et dernier article sur notre aventure tasmanienne. Ce dernier mois et demi s’est bien vite écoulé, et c’est déjà de l’autre côté du détroit de Bass, fraîchement débarqué du ferry qu’on vous écrit. La Tasmanie nous en aura vraiment mis plein les mirettes, verdoyante, vallonnée, accueillante (et dénuée de mouches!), cette petite île vaut vraiment le détour, c’est sans conteste le « jardin » de l’Australie, et c’est un un peu à regret qu’on doit la laisser derrière nous pour remettre les pieds sur le mainland…

C’est un peu le poumon de l’Australie, ici tout est vert, et les surfaces agricoles, les pâturages et les parcs nationaux couvrent presque tout le territoire. Ces derniers sont au nombre de 19, et couvrent 21% de la superficie de l’île. Les 4 plus grands parcs nationaux de l’état (Franklin Gordon, South West, Cradle Mountains et Wall of Jerusalem) et la majeure partie du plateau centrale ont été classés un patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1982, et constituent une des dernières grandes étendues sauvages tempérées du monde. Il fallait au moins ça pour faire oublier un temps soit peu ce que fût cette île avant le XXe siècle.

Pour commencer, elle ne s’est pas toujours appelée comme ça. Le 1er européen à avoir posé le pied sur l’île le 24 novembre 1642 fût Abel Tasman, et il nomma l’île Van Diemen’s Land, du nom du gouverneur de la compagnie hollandaise des indes orientales. Toutefois, ces voyages n’ayant rien rapporté à la compagnie, les européens ignorèrent l’île jusqu’à l’arrivée des britanniques un siècle plus tard. En 1798, Matthiew Flinders en fit le tour prouvant qu’il s’agissait bien d’une île et en 1803, Ridson Cove devint le cite de la seconde colonie pénitentiaire britannique d’Australie. Ce n’est qu’en 1856 que « l’expérience sociale » du transfert de forçats vers la terre de Van Diemen fut abolie et afin d’en finir avec sa réputation de pénitencier, l’île se rebaptisa Tasmanie du nom de l’explorateur hollandais. Voilà pour la petite histoire.

Il y a un mois et demi, on était encore dans le sud-est, à Bruny Island. L’été battait son plein pendant qu’on se dorait la pilule, bien content de se reposer après notre épopée de 200km à pied dans le no man’s land. C’est le français Antoine Raymond Joseph Bruny, comte d’Entrecasteaux (rien que ça) qui lui a donné son nom. On avait déjà parlé de ce loustique là précédemment, il dirigeait l’expédition scientifique des frégates « Recherche » et « Esperance ». Bruny, c’est en fait deux îles reliées par un étroit banc de sable (« the neck »), où on trouve de jolies baies et de beaux points de vue du haut des falaises.

L’île n’est pas bien grande, idéal pour passer le plus clair de son temps à justement pas faire grand chose ! Après s’être bien ressourcés en bonnes bouffes et essuyés une grosse crise de flemmingite, on reprend notre route le long de la côte est.

Premier arrêt sur la Tasman Peninsula, une grosse presqu’île reliée à la Tasmanie par une fine bande de terre de 100m de large. Ce fut pendant longtemps le coin le plus redouté, de l’île la plus redoutée, des prisonniers anglais. Dans cette sorte de pénitencier naturel pour récidivistes, de 1830 à 1877, 12 500 convicts travaillèrent de force en tant que fermiers ou ouvriers. Ils construisirent la première ligne de chemin de fer du pays, longue de 7km, sur laquelle ils poussaient les chariots à la main, et ils permirent à pas mal de monde de s’enrichir sur leur condition d’esclave. « God save the Queen ! ». Aujourd’hui, ce sont ses paysages qui sont mis en avant, et le long des côtes escarpées, les falaises de près de 300m ne sont plus considérées comme les murs d’enceinte d’un goulag made in England.

Arrêt suivant, Hobart. C’est la plus grosse ville de l’état, avec plus de 200 000 habitants, et la deuxième plus vielle ville du pays, après Sydney. Jadis réputée pour la qualité de ses vauriens, soûlards et prostituées qui la peuplait, c’est maintenant une petite ville pépère surnommée « Slowbart », avec un lourd passé caché sous le tapis. Comme la grande majorité des villes australiennes, ce n’est pas son charme incomparable qui nous saute aux yeux ! Ce n’est pas très harmonieux, chaque bâtiment semble avoir été construit sans tenir compte du soucis d’intégration avec les bâtiments voisins, et comme ailleurs les mêmes enseignes s’enchaînent dans le même ordre. La grosse particularité d’Hobart est qu’elle s’est collée au pied du mont Wellington, haut de 1270m et ça, pour l’Australie, c’est pas courant !

De là, on quitte la partie sud de l’île qu’on aura bien arpenté. On s’éloigne des côtes, direction le centre et ses grands lacs, Gordon et Pedder. Avant 1972, il y avait ici un lac naturel, avec de belles plages et tout un écosystème, et puis il y a eu le début d’un projet hydro-électrique sur la Gordon River. Un barrage fût construit et toute la zone immergée. En parallèle naissait cette même année le « United Tasmania Group », considéré comme le premier parti politique écologiste du monde, bien décidé à ne plus laisser passer ce genre de projet. De par leurs actions, plusieurs autres projets hydro-électriques tomberont à l’eau (haha!) par la suite, mais la gueguerre entre écolos et industriels continue.

Nous, on est pas venu vraiment là pour les lacs, mais pour gravir les 1423m du mt Anne, qui borde le lac Pedder. Une ascension assez sport, qui s’apparente parfois plus à de la varappe qu’à de la randonnée. Le haut n’est qu’un gros tas d’énormes rochers ardus à franchir, et on ne tentera même pas les 50 derniers mètres, ayant croisé deux types avec cordes et baudriers qui ont préféré faire demi-tour… Un super coin en dehors des sentier battus, où tu es plus gêné par les possums que par la foule !

Le climat en Tasmanie ressemble un peu au climat de chez nous, et l’été déjà bien avancé n’offre plus de belles périodes d’ensoleillement perpétuel, du coup il faut jongler avec les dépressions. Après avoir consulté notre nouveau meilleur ami, le bulletin météo, on retourne sur la côte est. Et alors qu’on était en train de la remonter tranquillement, voilà pas qu’on traverse un immense vignoble, toutes bennes dehors, n’attendant plus qu’à être récolté. Pris dans nos vacances, on n’y avait pas fait attention mais la période des vendanges est arrivée, et la tentation est trop forte… Alors on se dit : « on se donne une heure pour trouver un vignoble pour les vendanges, si on trouve c’est bien, sinon tant pis », on est en vacances quand même, faudrait pas exagérer…

Dix minutes suffiront, un coup de fil au bureau de « Devil’s Corner », le vignoble longé en voiture juste avant, et c’est dans la poche. C’est parti pour deux semaines de cueillette !

Pendant ce temps, nos maintenant « vieux copains » de routes d’Australie, Emeline et Mathieu, sont dans le ferry direction la Tasmanie et à la recherche de boulot. On leur file le plan et nous voilà collègues. Timming parfait ! On a encore le weekend avant de commencer et bien sûr les retrouvailles, et la connaissance de Flo, leur nouveau compère de voyage et clandestin de van, se feront en rando, au Freycinet National Parc.

Puis le boulot commence, enfin si on peut appeler ça du travail… Les vignes sont super hautes, même Gaetan vendange debout par moment. Payé à l’heure, à un rythme plus que tranquille, dans deux vignobles différents aux patrons vraiment très sympas, avec café, apéro et barbecue de fonction. De belles rencontres au passage, dans une équipe composée au bas mot de 80% de français bien sûr, qui se ne se quittent plus, la journée dans le vignoble, et le soir tous en rang d’oignons sous le pont le plus proche qui est devenu notre quartier général. De bonnes tranches de rigolade dans un bien bel endroit, le plaisir de revoir les copains qu’on n’avait plus revus depuis Perth, et de s’en faire de nouveau.

Ce petit interlude boulot aura aussi donner le temps aux derniers feux de bush en activité de s’éteindre, et aux routes et parcs nationaux concernés de rouvrir doucement. Les feux sont courant et font partis du cycle de régénération de la végétation mais cet été fut un peu hors norme de part leur nombre et leur taille. Sécheresse et vents puissants on emmené le feu dans des endroits où généralement ça ne brûle pas, détruisant au passage routes, ponts et clôtures. Pour l’anecdote, le même épisode s’était déjà produit il y a plusieurs années, et sans clôtures, les moutons n’hésitent pas à se faire la belle. Un merino en particulier est devenu une petite célébrité locale lorsqu’il a été retrouvé après 6 ans d’errance et de survie en forêt. Sa laine ne s’arrêtant pas de pousser, il était devenu la plus grosse boule de poils de l’histoire, se baladant avec assez de laine sur le dos pour filer une pelote de 25 kg. Voilà en image « Shaun the sheep », ou plutôt ce qui en dépasse encore…

SHAUN THE SHEEP COULD BE WORLD’S WOOLIEST!

Et c’est reparti pour les vacances. Les vendanges ne sont pas tout à fait terminées, mais si on veut profiter des dernières belles journées, il faut filer. Le ferry est booké pour le 8 avril et il nous reste encore pas mal de sommets à gravir. Le premier sera le Frenchman’s Cap, et en définitive la plus belle rando qu’on aura fait en Tasmanie. Tout y est, y compris l’ascension rock’n’roll, le chemin escarpé, un refuge tout mignon et le sommet vertigineux.

Peu de gens connaissent le coin du Frenchman’s Cap, tout le monde ne jure que par l’Overland, un rando de 70km au milieu des montagnes, mais devenue un vrai luxe depuis que le droit d’entrée est monté à 200$. Victime de sa célébrité, cette rando est devenue une vrai attraction touristique, à réserver à l’avance, et complète des mois auparavant. Petits filous qu’on est, on se contentera de sillonner les zones de départ et d’arrivée restées gratuites, où se trouvent quelques endroits de premier choix : le lac St Clair et le mont Rufus au sud :

et les fameuses Cradle Mountains qui ont donné leur nom au parc national au nord :

C’est là aussi qu’on est tombé sur nos premiers wombats. Ça ressemble plus ou moins à un petit ours d’un mètre de long et qui pèse jusqu’à 40kg. Encore un autre membre de la famille des marsupiaux, mais qui a la particularité d’avoir… un os dans le cul ! Et oui… C’est en faite une sorte de plaque dont il se sert comme de porte pour son terrier. Original. Sous ses airs de gros nounours il peut te faire très mal si l’envie lui en prend, car il peut te poursuivre à 40km/h et ses dents, comme chez les rongeurs, ne cessent jamais de pousser. Enfin pour pas faire comme tout le monde, il fait des crottes…carrées ! Voilà la bête…

wombat

Et au compteur des jolies rando, on peut rajouter le « wall of jerusalem », une petite balade de deux jours sur un magnifique plateau d’altitude, avec un superbe sommet à 1459m, et une charmante petite cabane d’alpage, où le possum qui y a élu domicile a gentiment accepté de partager sa couche pour la nuit.

Ça y est l’épopée tasmanienne est belle et bien terminée. On l’aura visité de long en large, de haut en bas, emprunté beaucoup de ses petites routes et marché sur une sacrée grosse partie de ses sentiers de randonnée. On l’aura aussi allégé d’un bon paquet de dollars :). Le van a bien survécu aux sévères montées et aux routes défoncées, et s’est même doté il y a peu d’une nouvelle table d’intérieur qui nous permettra de manger au chaud. Bref cet endroit restera à coup sûr parmi nos meilleurs souvenirs d’Australie. Un dernier pti patchwork pour le plaisir…

Maintenant il nous reste plus ou moins un mois de vacances, pour remonter gentiment vers Brisbane, boucler la boucle et bien évidement grimper le Mt Kosciuszko, le plus haut d’Australie :), puis ce sera, on l’espère, 3 mois de boulot intéressant et rentable, le tout pour des gens sympas (tout ça en même temps, c’est beaucoup demander!) avant que vous retrouviez le plaisir de nous voir user vos canapé et remplir (ou vider) vos frigos :). On vous tiendra bien sûr informé de tout ça dans notre prochain article. En attendant des gros bisous à tous !!! Salut

Ci-dessous notre itinéraire en deux parties parce que trop d’étapes pour une seule carte Google :

La cerise sur le gâteau

     Hello la compagnie, bien content de vous retrouver pour le tout premier article de l’épopée 2016. Cette nouvelle année commence plutôt bien pour nous et il semblerait qu’elle tienne à passer encore plus vite que la précédente ! On vient à peine de commencer à se balader en Tasmanie qu’on est déjà presque en mars, décidément on a déjà bien trop travaillé cette année !:-)

     Pour commencer, un petit retour à l’an dernier s’impose, là où on s’était laissé, à l’orée du réveillon. On était encore sur le « mainland », fraîchement arrivé à Melbourne. On ne pourra pas vous en parler beaucoup, on n’y a passé que 48h, mais l’ambiance de cette ville était bien agréable. La chaleur y était torride, alors on a alterné entre flânerie dans les rues flanquées de « street art », la climatisation des musées, et l’air marin des ports de plaisance.

     Le soir du réveillon, toute la ville était dehors, et sur son 31 (évidemment!). Sur ce point là, on jurait vraiment dans le décor, et c’est pas peu dire. Pendant que les filles filaient sur leurs talons hauts, fraîchement sorti du coiffeur, retrouver leurs hommes en costards, bronzage au top, dans des soirées à 150$ les 3 petits fours et la coupette de crémant, nous on arborait fièrement nos guenilles habituelles. Armés de notre fidèle poche de vin rouge, l’épaisse jungle des cheveux de Laurie qui n’en finissent plus de pousser, et mes tongs dépareillées qui font toujours bon effet, on est encore passé pour un couple décalé, à notre manière tout à fait au diapason du « m’as-tu vu ?»… On adore:-) Bref, petite soirée bien sympa, concerts en plein air, et surtout, non pas un, mais deux grands feux d’artifices tirés du haut des grattes-ciels, ça c’était vraiment au top ! Le tout sans trop excès parce qu’il ne s’agissait pas de rater le ferry du lendemain matin.

     Neuf heures de traversée plus tard, dans une mer calme idéale pour ne pas trop ballotter le fond de vin rouge qu’il reste au fond de nos estomacs, on débarque à Devonport, au nord de la Tasmanie. L’air de fête est retombé, et déjà, on a la tête dans la recherche de boulot. Le début de la saison des cerises est tout proche, il ne faudrait pas rater le train. On s’active toute la journée du 2, on ratisse nos contacts, on postule dans tous les sens pour enfin ferrer le poisson. Il est 20h, la confirmation du boulot vient de tomber, on commence le lendemain, rendez-vous aux aurores dans une ferme à l’autre bout de l’île, 350km plus bas. Ni une ni deux, on saute dans le van, on roule une bonne partie de la nuit parce qu’ici les routes sont sinueuses et les animaux suicidaires ne manquent pas, quatre heures de dodo et on entame un mois intensif de cueillettes de cerises payé au rendement…

     On aurait bien agrémenté ce passage de photos prises en pleine action, mais la pleine action nous a justement empêché de prendre le temps de sortir l’appareil. La saison est parfaite, les arbres croulent sous les fruits, pas de tri à faire alors on cueille à s’en faire littéralement éclater le bout des doigts. Presque pas de jour de pluie, donc presque pas de jours « off », c’est dur mais on s’accroche, le jeu en vaut bien la chandelle, c’est le boulot le plus rentable qu’on ai jamais fait, tout pays confondu. On tourne à 250kg de cerises chacun par jour, et la ferme produit entre 70 et 80 tonnes par jour. Une armée de cueilleurs se présente tous les matins venus de tout les coins de la planète, parfois précisément dans le but de cueillir ces fameuses petites boules rouges ici. Pas surprenant, nous, petits débutants, avons pu sortir 1500$/semaine chacun à ce petit jeu là, pendant que d’autres « maîtres cueilleurs » récoltaient plus du double. Un vrai salaire de ministre pour un boulot agricole pas si éprouvant, sauf pour les pouces et les index, le tout dans un cadre idyllique. La Tasmanie ne nous a encore rien montré et déjà on l’a adopté !

     On nous a tout même octroyé un congé, le 26 janvier, jour des festivités de la fête nationale si chère aux australiens, toutes ethnies confondues. Pour les uns c’est l’ »Australian Day », célébrant la colonisation, dont voici un petit résumé. On vous avait déjà parlé, lors de notre passage à Cooktown, des premiers pas de l’arrivée des blancs en Australie, du débarquement de James Cook à bord de l’HMS Endeavour à Botany Bay qu’il désigna comme le lieu idéal pour fonder une colonie. L’histoire commence ainsi : en 1788, soit 18 ans après Cook, les Anglais reviennent à bord d’une flotte de 11 navires chargés d’armes, d’outils, de bétail, de 751 convicts (bagnards condamnés à la déportation) ainsi que des soldats, des officiers et leurs épouses, au nombre de 250 environ. Le commandant A. Phillip jette l’ancre à Botany Bay, s’attendant à trouver le paradis perdu des écrits de Cook, mais c’est plutôt un gros marais peu accueillant qu’il trouvera, Et oui, c’est ça l’Australie, tu te plantes de saison et le paradis devient un enfer… Cherchant un meilleur spot, il suit la côte et le 26 janvier 1788, trouve l’un des plus beaux ports naturels au monde. Il y établit Albion, la première colonie pénitentiaire d’Australie, qui deviendra Sydney, du nom du ministre des affaires coloniales de l’époque.. Il a pour consigne de s’installer sans faire usage de la violence, avec le principe de « Terra Nullius » qui suggère que cette terre n’appartenait à personne avant eux.

Quelques dates historiques :

    • 1804 : fondation d’Hobart en Tasmanie, 2ème colonie pénitentiaire pour récidiviste, la plus redoutée de toutes les colonies anglaises.

    • 1820 : « guerres noire » qui éradiquent presque complètement les abos de Tasmanie.

    • 1829 : fondation de Perth

    • 1835 : un jeune éleveur parvient à convaincre les abos de lui céder leur territoire, soit 250 000 Ha, contre une malle remplie de couverture, de couteaux et de babioles, créant ainsi la colonie de Melbourne. La même année une compagnie britannique privée établie Adélaïde où les colons sont libres.

    • 1851 : ruée vers l’or, arrivée d’expats de toutes origines. L’Australie cesse d’être considérée comme une punition mais comme un endroit propice aux business de toutes sortes.

    • 1901 : fédération des colonies, création du Commonwealth of Australia, début d’une identité nationale.

    • 1945 : « Peupler ou périr », en 30 ans le pays accueille 2 millions d’immigrés dont 1/3 de britanniques.

     Pour les autres, le 26 janvier 1788, c’est l’« Invasion day ». Les autres, c’est bien sur les aborigènes, et c’est le moment idéal pour leurs consacrer un petit paragraphe.

     Entre 1790 et 1890, leur nombre passe de 300 000, répartis en plus de 300 « nations », à 30 000, 10% directement tués, 90% victimes des maladies européennes qu’ils n’avaient jamais connues. Les colons s’approprient les terres et l’eau. Face à la résistance des abos pour conserver leurs terres et leur mode de vie, les violences et les massacres ont balayés le pays. Un rapport de 1805 raconte qu’ils étaient chassés pour le sport, et tués pour nourrir les chiens. Ils ne pouvaient pas être jugés puisqu’ils n’étaient pas considérés mentalement capable d’assister aux audiences, donc les colons étaient habilités à se faire justice eux-mêmes, avec toutes les dérives qui vont avec. Le cas le plus récent de ces abus n’est pas si vieux et remonte à 1928, où la police montée tue une 50aine d’aborigènes près d’Alice Springs, pour des raisons plus que floues, sans être inquiétée.

     Pourtant, les mentalités évoluent doucement, et au XXième siècle, il n’est plus concevable d’essayer d’exterminer directement des ethnies entières, il faut donc les « assimiler ». Entre 1910 et 1970, ce sera la triste époque des « générations volées », où les enfants aborigènes étaient retirés de leurs familles pour être envoyés en famille d’accueil ou en institutions d’état. Jusqu’en 1960 les parents abos n’avaient d’ailleurs pas légalement la garde de leurs enfants, et les manuels scolaires apprenaient que « les abos étaient des créatures sauvages de la jungle ». Ils ont dû attendre 1967 pour devenir officiellement australiens et pour que le gouvernement fédéral daigne les inclure dans le recensement de la population.

     Aujourd’hui encore, les abos sont pour la plupart des australiens un « problème à gérer », et le gouvernement tente de ci de là quelques actions pour se donner bonne conscience et essaye de corriger le tir après deux siècles de gestion coloniale désastreuse. Ils occupent toujours, quand ils travaillent, des emplois de seconde zone, et sont encore marginalisés.

     A l’heure actuelle, les abos vivent en moyenne 20 ans de moins que les blancs, ont un taux de mortalité à la naissance 3 fois supérieur, sont 18 fois plus affectés pas des maladies infectieuses, et ont un taux d’alcoolisme, d’emprisonnement et de suicide qu’il vaut mieux ne pas aborder. Ils vivent pour la plupart sous perfusion financière de l’état, sorte de RSA qui leur permet quand même de faire partie de la joyeuse troupe des consommateurs.

     Certes ce tableau est un peu sombre, et l’espoir reste permis. En dépit de tout ce qu’ils ont traversés, ils ont réussi à préserver leur identité et leur lien avec le pays, mais la tendance n’a pas l’air à l’amélioration. La plus vieille culture du monde risque bientôt de se résumer à quelques légendes et des petits points peint sur des toiles.

     Pour le cas particulier de la Tasmanie, la barbarie a atteint des sommets. En 1850 la moitié de la population était des bagnards dont les industries exploitaient la misère. Maladies, prostitution, violence et alcoolisme battaient leurs pleins. A cette même période la moitié des 10 000 abos de l’île avait déjà succombé. La traite de femmes aborigènes était une petite spécialité locale. En 1876 la dernière abo de « souche pure » disparaissait, et avec elle, ce que l’on considérait comme « le problème indigène ». Elle est devenue depuis le symbole de la tentative de génocide des abos de Tasmanie, et un petit mémorial lui est consacré à Bruny Island d’où on vous écrit. Viva Australia !

     J’espère qu’on vous a pas trop saoulé avec cette histoire mais on pense qu’elle a le mérite d’être contée.

     Revenons en à nos moutons (mérinos bien sûr) et au 3 février, date de fin de boulot. Notre bas de laine a bien grandit, il est temps de reprendre des vacances pour une dernière session qui devrait durer jusqu’au mois de mai environ… On file pour un weekend avec les copains de boulot se dorer la pilule à la plage et dépoussiérer la canne à pèche. On en profite pour dépoussiérer aussi les chaussures de rando pour une petite marche de remise en forme avant le petit périple qu’on s’est concocté.

     La météo est au beau fixe pour au moins une semaine, idéal pour partir faire une « petite rando ». On est au porte du South West National Parc, qui couvre toute la partie Sud Ouest de l’île, qui, on ne l’a pas précisé, fait quand même la moitié de la superficie de la France.

     Depuis longtemps déjà, on avait repéré un trek de 85 km, le long de la côte sud de l’île, le « South Coast Track ». Le hic, c’est que le départ de la rando se situe à Melaleuca, au beau milieu de parc, et n’est accessible qu’en avion, moyennant 250$ par tête… Comme on a pas froid aux yeux, et qu’on ne met pas facilement la main au porte monnaie, on scrute la carte de plus prêt et on décide de combiner ça avec le « Port Davey Track », qui permet, après 71km, de rallier Melaleuca à pied. Le hic, c’est que depuis un mois la Tasmanie est ravagé par les feux de bush, et que la route qui permet d’accéder au départ de ce trek est fermée. Qu’à cela ne tienne, on reprend la carte et on trouve une solution. Au départ de Geeveston, à deux pas de Huonville où on a travaillé, une combinaison de deux treks, le Huon Track, 25km, puis le McKay Track, 20km, nous permettent de rejoindre le départ du Port Davey. Au final nous voici parti pour 195km vraiment seul au monde et loin de tout, avec 12 jours de vivre dans les sacs, et une sacrée dose de motivation. Ça tombe bien, parce qu’il en faudra…

     Le Huon Track nous met tout de suite au parfum. Les rangers nous avaient prévenus qu’il n’était pas entretenu, peu balisé, et nous déconseillaient vivement de l’emprunter. En effet, il méritait bien son grade 5 sur une échelle de 1 à 5, et « C » sur une échelle de A à C. Le trek traverse une forêt bien dense, dont la moitié à dû tomber sur le chemin. Parcours du combattant, à escalader ou ramper tout les 10m, avec les gros sacs chargés à bloc.

Les valons s’enchaînent, les premières traversées de ruisseaux nous mouillent les chaussettes, et on en chie clairement. On se perd, on retrouve le chemin, deux jours pour faire 25km, on sort de la foret déjà sur les rotules. On a pas pris le temps d’immortaliser ces doux instants, trop occupés à essayer de s’en sortir… Heureusement la lumière est au bout du tunnel, et la plaine s’étale maintenant devant nous.

     On croque le McKay Track dans la journée, et on essaye de réhabituer nos yeux à la lumière…

     Jour n°4, nous voici sur le Port Davey track. Après 45km plein ouest, on tourne à gauche, et s’est parti pour 71km plein sud jusque Melaleuca et la côte. Ce track a très mauvaise réputation. Pas grand monde n’ose y mettre les pieds, et d’ailleurs on n’y croisera personne. Peut-être aussi parce que depuis notre départ, celui-ci a été fermé pour cause de feux de bush dans les environs, qu’on ne croisera pas non plus. Pour nous la sécheresse de ces derniers temps est plutôt de bonne augure, et l’énorme flaque de boue qu’est habituellement cette grande plaine du « Lost World Plateau» a un peu séchée… au début en tout cas. Le plus dur pour nous sera de détricoter les toiles d’araignées qui traversent le chemin tout les 5m, tout en évitant les endroits marécageux qui n’ont pas séchés. La moindre faute d’inattention et vous voilà engluer dans d’immenses toiles, leurs pensionnaires sur la tête, ou en chaussette, vos chaussures étant restées collées dans la boue.

Les deux premiers jours glissent tout seul, de jolis paysages et de superbes spots de camping jalonnent notre parcours, on est vraiment seul au monde ici.

     Le troisième et dernier jour avant Melaleuca est un peu plus coriace, plus on avance et plus la boue est omniprésente. Plus moyen de l’éviter, mais les traversées de rivières sont là pour nous nettoyer les chaussures. A 10km de l’arrivée, c’est même un petit bras de mer qu’il faut traverser. Les rangers ont tout prévu et 3 barques sont là pour franchir les 300m qui nous séparent de l’autre rive. Il nous faudra une bonne heure quand même parce qu’il faut toujours laisser au moins un bateau de chaque côté, pour les suivants, alors tu embarques dans le premier, tu traverses, tu attelles le deuxième pour le redéposer à la rive, avant de retraverser une troisième fois. Une bonne partie de rigolade en tout cas, parce que la rame ne fait clairement pas partie de nos compétences !

     Ça y est, on voit au loin la piste d’aéroport en terre battue, on arrive à Melaleuca, crevés mais contents, après déjà 120km dans les pattes. C’est ici que les rangers ont leur camp de base, qui se résume à un poste radio et deux grosses cabanes, une pour les randonneurs de passage, l’autre pour les travailleurs qui viennent entretenir les sections les plus proches du South Coast Track en pleine cure de jouvence, ou les volontaires venus participer à la tentative de préservation des OBP, les mascottes locales. Les OBP sont les « Orange Bellied Parrot », ou perroquet à tâche orange sur le bide. Ce sont des oiseaux migrateurs qui ne se reproduisent qu’ici, et aux dernières nouvelles ils ne sont plus que 37. Un petit observatoire avec longue vue a été construit, un cahier t’incitant à noter leurs rares apparitions. Coup de bol c’est juste devant la cabane, à fumer une clope, que Gaetan en verra un, comme quoi…

     Plongeon nettoyeur dans la rivière, petite soirée de repos à se prélasser sur les lits et matelas qui nous sont gentiment fournis. Pas besoin de monter la tente, ni de se serrer, la grande cabane est presque vide, seul un vieil anglais en vadrouille est déjà dans la place. Ce dernier, randonneur chevronné, a fait demi-tour après deux jours sur le South coast track, ça aurait peut-être dû nous mettre la puce à l’oreille…

     Jour n°7, c’est reparti ! Les sacs ont déjà bien maigri, et nous aussi. C’est pas plus mal, le South Coast est plus vallonné, avec un passage à 900m. Parti depuis une semaine, nos prévisions météo commencent à être vraiment floues, c’est maintenant au petit bonheur la chance… On recommence à croiser du monde et à chaque fois qu’on demande, on nous répond un énigmatique « a front is coming ». On ne sait absolument pas ce que ça signifie mais pour nous ça sonne un peu comme le « winter is coming » de Game of thrones » (avis aux amateurs !), lugubre et inquiétant…

Les 25 premiers kilomètres sont un vrai boulevard. Les bénévoles ont construit un ponton en bois dans la plaine jusqu’à la plage, et de longues sessions sur sable dur nous amènent au pied de l’Ironbound. Le ciel est chargé, le vent se lève…

     Au matin, le ciel est noir, mais il n’est tombé que quelques gouttes. On plie la tente à l’aube, on a toute la journée pour faire 18km et monter-descendre les 900m de l’Ironbound. Mais à moins d’un kilomètre du début de l’ascension, la montagne disparaît derrière un rideau de pluie. Les nuages touchent presque le sol, il tombe des cordes, ç’est bon, on est trempé comme des soupes ! Mouillé pour mouillé, on continue, et la pluie de plus belle. A mi-chemin du sommet, le vent commence vraiment à souffler fort, la pluie tombe à l’horizontale, puis c’est la grêle qui vient nous caresser les mollets… Le chemin s’est maintenant transformé en ruisseau, et pas une aspérité à l’horizon pour se mettre à l’abri. Le ciel tonne, on grelotte, il doit faire meilleur de l’autre côté, toute façon ça peut pas être pire, il faut passer.

     On est le 14 février, et pendant que tous les tourtereaux du monde sont tranquille au resto ou au chaud sous la couette, nous on arrive au sommet… Le vent est si fort qu’il devient difficile de tenir debout, la pluie est glaciale, on ne sent plus nos pieds, on ne peut plus se servir de nos mains, on claque des dents, l’hypothermie pointe le bout de son nez mais toujours pas la redescente… Joyeuse St Valentin !

     Enfin on franchit cet enfer, l’autre côté est plus dense, on est abrité du vent. La pluie cesse, l’orage est passé. On l’aura pris en pleine poire et au plus mauvais endroit. Le chemin n’est plus qu’un torrent, toute l’eau s’y engouffre. En plus, il est complètement défoncé, des racines, de la boue, des arbres couchés, il faudra autant de temps pour redescendre que pour monter. Au final il nous aura fallu presque 6h pour faire 10km, et 8h en tout pour boucler l’étape, tout ça sans manger ni boire, ni s’arrêter.

     Arrivé au camp, on brave l’interdit (les feux sont interdits dans tout l’état) et on fait un feu pour se réchauffer. Tout est trempé, sac de couchage y compris. On se construit un étendage de fortune et on profite de l’accalmie pour au moins essorer tout ça. Ahhh les joies du camping 🙂

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     Rebelote le lendemain, le temps se gâte vers le milieu de journée, la tempête éclate alors qu’on est en pleine forêt, juste au moment où on croise une petite clairière juste assez grande pour y jeter la tente. On se bat contre le vent et la pluie pour la monter en vitesse, alors que des branches mortes cherchent à viser nos têtes en tombant. La journée de marche s’arrête là, coincé dans la tente jusqu’au lendemain matin. On macère encore un peu dans nos affaires trempées, on mange pour la 10ième fois le même repas de midi, le même repas du soir, le même petit déjeuner… On est fatigué et un peu sur les nerfs, mais on est ensemble alors ça roule, mais bien hâte d’arriver quand même.

     Enfin, au 11ième jour, on arrive à Cockle Creek, fin de ce périple qui n’aura pas été qu’une partie de plaisir. Entre temps, on s’est encore un peu perdu, on a encore traversé des bras de mer à la rame et des rivières avec de l’eau jusqu’à la taille. Ici aussi la tempête est passée, des tentes sont cassées, des bateaux endommagés, la plage couverte d’algues arrachées par la houle, ça a bien pété quand même !!! Allez, encore 2 ou 3 photos pour la route…

     3 voitures et 4h30 de stop plus tard (pour faire 80km), le bus des transports en commun régional nous prend alors qu’il est sur la route pour rentrer au dépôt. Le confort et la chaleur du van est juste là, c’est gagné !

     Maintenant c’est sûr, après le boulot et la rando, ce sera cuistot, apéro et dodo pour quelques jours ! Allez des bisous à tous, et a bientôt!!!

 

D’Ouest en Est

     Et c’est reparti pour un mois de roadtrip en direction de Melbourne. Bien ressourcé après notre petit arrêt en dur chez les copains de Perth, et après avoir provoqué une pénurie de papier toilette dans toute la région, on peut repartir sainement vers le sud. D’autant plus tranquille que quelques modifications apportées sur le van nous ont fait gagner une étoile au guide Michelin de l’aménagement. Une douche a fait son entrée, ou plutôt sa sortie puisqu’elle est sur le toit. On se balade maintenant avec une confortable réserve de 50L d’eau raccordable à notre petit pommeau d’arrosage, le tout posé sur une grille de toit « fait maison » conçue pour trimbaler des gros trucs que l’on n’a pas encore trouvé… J’avoue qu’on y verrait bien une planche de surf, un kayak, ou même une barque. Ça parait un peu fou mais quand on connaît la façon désinvolte qu’ont la plupart des gens de se débarrasser de ce qui fonctionne encore, quand on voit tout ce qu’il est possible de ramasser dans les rues, on se rend compte que c’est tout à fait réaliste. Le plus dur reste de tomber dessus avant qu’un autre backpacker ne passe par là .

douche

     Juste en dessous de Perth commence la région viticole de Margaret River, qui s’étend sur une centaine de km, entre le cap Naturaliste et le cap Leeuwin. Le paysage est de plus en plus luxuriant, des côtes bien sûr, mais des collines verdoyantes apportent enfin un peu de relief à cette grosse galette qu’est l’Australie. Le climat commence gentiment à changer, la sécheresse habituelle cède petit à petit la place à un climat plus tempéré, ce qui permet aux vignes de s’y porter à merveille. Toujours beaucoup de soleil, mais un peu de pluie, juste ce qu’il faut pour que tout ne vire pas au jaune habituel.

Les vignobles sont à la taille du continent, immenses, à perte de vue. C’est d’ici que sortent certains des meilleurs crus du pays, que l’on a bien sûr pas goûté faute de quoi il aurait fallu s’endetter sur 3 générations… La piquette est déjà bien trop chère, le bon vin, on n’en parle même pas ! Du coup faute de pouvoir savourer les délices du terroir local, on suivra la côte pour profiter des magnifiques paysages et des plages sans fin, avec comme d’habitude pas un chat dessus !

     Ici s’achève la côte ouest de l’Australie, qu’on a entamée fin septembre avec Hugo à Darwin, une sacrée trotte jusqu’ici pour finalement prendre un virage à 90° direction plein est. Plus on avance, et plus les arbres grandissent. On recroise le Bibbulmun track qu’on avait un peu arpenté autour de Perth, ce fameux chemin de rando de 1000km qui part de là et finit à Denmark. La meilleure section semble être la dernière, six jours de Walpole à Danemark le long du front de mer, mais qui dit arbres plus grands dit plus de pluie, et ça n’a pas raté, on s’est retrouvé en plein dedans. Trois jours de vent et de trombes d’eau, on doit abandonner l’idée rando, dommage, mais bon on ne peut pas se plaindre non plus, on n’a pas souvent été dérangé par la pluie.

Ces forêts de géants sont peuplées de karris. Un nouveau genre d’arbre encore pas croisé jusque-là avait-on espéré ? Non non, les karris sont des eucalyptus diversicolor, une des 600 variétés du genre qui forment à eux seuls 95% des forets d’Australie. Autant vous dire qu’on n’est pas prêt de vous présenter autre chose… Ceux-là sont quand même particuliers. Ils ont eu la chance de barboter depuis des millions d’années dans les zones humides du sud-ouest, ce qui leur a permis d’atteindre la généreuse taille de 80 à 90m. Tous les plus grands spécimens ont été abattus à l’époque où la gestion de l’exploitation forestière était dictée par la méthode de « régénération par exposition du sol nu au soleil !?! » , puis le classement d’une bonne partie de cette zone en parc national leur a permis de ne pas tous finir en meubles, parquets ou bateaux anglais.

Certains d’entre eux sont si grands qu’ils servaient au siècle dernier de tour de guet pour repérer au plus tôt les départs d’incendies. Quelques-uns sont encore debout, et peuvent être grimpé « à l’ancienne », comme le Bicentennial tree haut de 75m. Impressionnant !

     Faute de pouvoir y randonner, on s’est aventuré dans ces forêts au volant de notre maison, sur les pistes qui les sillonnent. Une petite session musclée sur des chemins bien boueux, des ruisseaux gonflés par les pluies à traverser, et d’autres bien trop gros pour nous à regarder de la berge avant de faire demi-tour . De la boue jusqu’aux oreilles, mais bien content, on arrive tout crotté à Esperance.

La ville, comme souvent, n’a rien de vraiment excitant, mais le littoral est juste splendide. Avant de vous imposer encore des photos de plages paradisiaque douchées par le soleil en plein mois de décembre, on va faire un brin d’histoire sur le pourquoi du comment cette ville porte un nom français.

Pour comprendre il faut remonter à 1785. Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, est désigné par Louis XIV pour conduire une expédition autour du monde visant à compléter les découvertes de James Cook dans l’océan indien. Manque de bol, les deux bateaux de l’expédition, La Boussole et l’Astrolab, sombrent corps et âmes en 1788, après quand même un petit tour des côtes australiennes. Sans nouvelle de La Pérouse, Louis XIV affrète deux frégates, La Recherche, commandée par d’Entrecasteaux, et L’Espérance, confiée à Huon de Kermadec, pour retrouver La Pérouse. On est en 1791 et ça fait déjà deux ans que le pauvre bougre pourri avec ses bateaux au fond de la mer… Ces deux loustiques passeront au large de la côte sud et en profiteront pour cartographier et faire un petit arrêt pas loin de ce qui est aujourd’hui Esperance. Être marin à l’époque ce ne devait pas être la fête, et le pauvre d’Entrecasteaux finira comme son prédécesseur dans le ventre des poissons. Il succombe du scorbut au large de Java en 1793…

     Et juste à côté se trouve le parc national du cap Legrand. On venait d’en prendre plein la vue avec la côte d’Esperance, mais là clairement on est dans le haut du pavé. De toute façon un bon nombre de plages du coin se sont vues attribuer le titre de « plus belle plage d’Australie » au moins une fois, et ce n’est pas volé.

     A partir d’ici on va changer radicalement de décor. Fini le climat humide et les plages de sable blanc, notre vieil ami le désert est de retour. 1200km à parcourir dans la fameuse plaine du Nullarbor.

Son nom vient du latin et signifie « pas d’arbre ». C’est un peu exagéré parce qu’on a croisé d’autres parties désertiques où vraiment rien ne poussait, mais cet endroit n’en est pas moins hostile pour autant. C’est le plus grand ensemble de calcaire d’un seul tenant au monde, il occupe une superficie d’environ 200 000 km², soit plus d’un tiers de la France métropolitaine. En plein été, les températures maximales peuvent atteindre 48,5 °C en journée alors qu’il gèle la nuit, et heureusement pour nous on est passé à travers, avec seulement des gros 30° le jour et des nuits fraîches. Malgré les conditions qui règnent ici, la plaine était peuplée d’aborigènes avant l’arrivée des européens et la ruée vers l’or au XIXème. Une bonne partie d’entre eux a été priée, comme presque partout ailleurs, de faire place et d’aller s’installer plus loin. Ceux qui restèrent durent quitter la région pendant les essais nucléaires britanniques à Maralinga dans les années 1950. Depuis, ils ont été « dédommagés » et ont pu revenir sur leur territoire, mais en réalité beaucoup ne sont jamais partis car il fut impossible de les prévenir des essais…

C’est en traversant ce désert, (où la route sert aussi de piste d’atterrissage pour les secours) qu’il a fallu se taper la plus longue cession en ligne droite du pays : 146 km de strict rectilignitude… passionnant ! Ce titre est tout relatif, parce qu’on ne peut pas dire qu’on s’est choper une inflammation du coude à cause des virages ces derniers 10 000km… Heureusement que les kangourous, entre autres, sont là pour te rappeler qu’il faut rester attentif ! Par ici ils sont plutôt balèzes en plus, fini les petits wallabies, place aux grands kangourous roux. On en trouve un peu partout dans le Red Center mais c’est par ici qu’on en a vu le plus.

C’est le plus grand des kangourous. Les mâles peuvent mesurer 1,80m de haut pour 90kg (Une petite touchette à 100km/h et notre maison filerait tout droit à la casse). Comme tout ses petits cousins, il est particulièrement bien adapté et peut rester jusqu’à 3 semaines sans boire. Quand tu en croises un sur la route et s’il décide d’y rester, tu peux gentiment le talonner en roulant à 60km/h. S’il se sent menacé, il passe la seconde et peut faire des pointe à 80km/h, des bonds de 12m de long et/ou jusqu’à 3,5m de haut. Les kangourous sont particulièrement curieux, mais heureusement craitif alors quand tu en surprends tout un groupe en se baladant, ils ont beau être 40 tout le monde détale vite fait, mais les tête à têtes aux détour d’un buisson c’est assez impressionnant !

Une partie de la route longe la côte, à l’endroit où le plateau érodé chute directement dans la mer, formant des falaises allant jusqu’à 120m de haut, les Bunda Cliffs. Prodigieux spectacle que cet immense mur de 100km qui s’évanouit à l’horizon, et qui tranche le paysage tout net entre bleu de la mer et jaune du désert.

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     Tout s’est passé sans encombre pour cette ultime traversée du désert. On est maintenant à quelques encablures de Melbourne mais on n’allait pas se séparer de notre climat désertique adoré sans lui faire un dernier bisou. Petit détour par le Flinders Range National Park, à seulement 800km de Marla, pointe sud du Birdsville track qu’on a arpenter en août. L’Australie c’est pas si grand finalement :).

En fait on avait pas vraiment calculé qu’en allant là-bas, on se retrouvait de nouveau dans l’Outback, mais cette fois-ci en plein été. A peine éloigné de quelques kilomètres de la côte, la température écrasante fait son entrée. Le vent est assez chaud pour te faire friser les poils du bras si tu les laisses traîner dehors. Les mouches se sont encore multipliées mais le pire c’est la nuit… une étuve ! Pour couronner le tout c’est pleine canicule, même les australiens trouvent qu’il fait particulièrement chaud pour cette période de l’année. Le mercure est monté jusqu’à 43°C (le record national est détenu par Oodnadatta, bourgade qu’on a aussi traversé à la sortie de la piste du même nom, où le thermomètre a affiché un joli 50,6°C le 2 janvier 1960). 7°C de différence c’est beaucoup mais on s’en est bien approché. Du coup debout 6h du mat, de toute façon il fait aussi 35°C la nuit, marche de 7h à 10h, après il fait trop chaud. La moitié du parc est fermée à cause de la chaleur, et des serpents qui eux ne se sont jamais mieux portés! Malgré tout, on y passera un très bon moment, de jolis paysages, idéal pour faire ce qui semble être notre au revoir à l’Outback… snif ! Une famille d’émeus à même fait le déplacement.

     On file se réfugier de nouveau sur la côte. A nous la fameuse Great Ocean Road. Construite en 1919, elle suit la côte escarpée sur 240km jusqu’à Torquay (capital du surf et scène de fin du film Point Break pour ceux qui connaissent) à deux pas de Melbourne, et passe par de nombreux points de vue sur les falaises et autres formations du littoral. Pour l’anecdote :  « en 1924, le bateau à vapeur nommé Casino s’échoua près de Cape Patton après avoir touché un récif, l’obligeant à jeter à la mer 500 barils de bière et 120 caisses de spiritueux. Les travailleurs récupérèrent la marchandise, provoquant une pause imprévue de deux semaines » (Wikipedia).

Ce tronçon nous a permis de croiser trois singularités australiennes. Premièrement c’est l’un des rare endroit de la partie continentale habité par les eucalyptus regnans. Ce sont les plus grands des eucalyptus, et les plus grands arbres à fleur du monde. Ils font jusqu’à 90m, et le plus grand répertorié mesurait 132,60m. Vu qu’il a été découvert en 1872, il a vite fini en planches et pâte à papier. Le plus grand actuellement s’appelle Centurion, fait 99m et vit avec la majorité de ses copains en Tasmanie. On ne manquera pas d’aller lui faire une petite visite.

Deuxièmement c’est là qu’on a approché de plus près ces fameux échidnés dont on entend parler depuis notre petit tour avec Rémi. Ils vivent sur tout le territoire australien mais ne sont pas facile à croiser. Ce sont des monotrèmes, comme les ornithorynques, et eux aussi pondent des œufs mais allaitent leurs petits. Ils ressemblent à des gros hérissons pourtant ils n’ont pas du tout de parenté, même s’ils sont tout aussi mignons !

(les photos des kangourous roux, des échidnés et la vue aérienne bien sûr ne sont pas de nous. Zoom mort sur l’appareil photo, ça limite…)

Troisièmement, les 12 apôtres, est la formation calcaire le plus connue de la Great Ocean Road. Pas 12 mais 8 aiguilles de calcaire s’y baladent les pieds dans l’eau. Avant 1950 cet endroit s’appelait « la truie et ses porcelets », mais pour les 8 millions de visiteurs annuels, « les 12 apôtres » ça sonne un peu mieux… Voila en image à quoi ça ressemble, plus quelques autres endroits significatifs des environs.

     Entre temps noël est arrivé, alors juste pour le fun voilà un aperçu de notre table de réveillon et de notre super sapin sculpté et décoré maison, 100% fait main 🙂

     On espère que vous avez tous passé de bonnes et heureuses fêtes de noël et que vous avez été gâté ! Ne nous reste plus qu’à vous souhaiter à tous une excellente année 2016, qui ne pourra être que bonne puisque c’est au cours de celle là qu’il va falloir de nouveau nous supporter en chair et en os :). Le nouvel an pour nous se passera à Melbourne, et la gueule de bois du lendemain dans le bateau pour 9h de traversée…espérons que la mer soit calme !!! Des gros bisous à tous, gardez la pêche, bon plongeon vers 2016, et bon courage pour ceux qui auront de la buée dans les carreaux demain matin !

thousand miles beach

Salut à tous, déjà un mois s’est écoulé depuis notre dernier petit mot, alors il est temps qu’on se remette à table pour vous faire part de nos dernières péripéties. C’est toujours dur de trouver le temps d’écrire un article, mais là une grosse gastro m’assigne à résidence alors j’en profite, ainsi que de la coloc des copains de Perth, et je mets à contribution le temps que j’ai entre deux sessions toilettes 🙂

Il y a un mois on était 1250km plus haut, on sortait du Karijini pour filer vers Exmouth et le Cape Range NP. L’intérêt de cet endroit ne se trouve pas sur terre mais dans la mer, le long du Ningaloo Reef. Le long de cette côte de 260km, raies mantas et requins de récifs, 300 espèces de coraux, 500 espèces de poissons et 600 espèces de mollusques en tout genre batifolent gentiment à moins de 10m de la plage. C’est la seule zone corallienne qui se trouve si près de la côte dans le monde. Pas besoin de prendre le bateau pour la haute mer, ni de se frayer un chemin entre les touristes, où de payer des sommes astronomiques comme sur la grande barrière de l’est. Ce coin là est plutôt isolé, pas vraiment sur l’itinéraire classique du touriste australien, et ne s’offre qu’aux quelques privilégiés qui daignent faire le détour. N’ayant pas été sur la grande barrière, on ne peux pas se permettre de faire la comparaison, mais au dire de ceux qui ont fait les deux, ce coin là n’a vraiment rien à envier à sa grande sœur (qui d’ailleurs a failli se faire sortir du patrimoine mondial de l’UNESCO pour son état de détérioration, et pour la mauvaise gestion des eaux dans laquelle elle vit. Relâcher les effluents agricoles dans les eaux de la grande barrière vient seulement d’être interdit, ce qui a valut à l’Australie un répit jusqu’au prochain réexamen de leur cas…). C’est donc armés de nos masques et tubas qu’on restera là à barboter quelques jours au grès des horaires de marées, vraiment génial, surtout pour moi qui n’aies quasiment pas d’expérience de plongée. Pour le coup, Laurie en a quand même quelques une dans différentes parties du monde, et selon elle, on est déjà là dans la cour des grands ! Vraiment au top !!! Voici quelques photos, dommage qu’on ait pas réussi à prendre les requins qui à un moment n’étaient qu’à quelques mètres de nous:-)

Ici ce n’est pas comme dans le Queensland, les parcs nationaux ne sont plus gratuit, et vu notre voracité à les arpenter il fallait qu’on trouve une solution. A coup de 12$ à chaque fois, la note risquait d’être salée à la sortie de l’état, donc nous voilà armés de notre Western Australia Annual Pass, qui nous permet d’entrer à notre guise dans tous les parcs de l’état. Vous l’aurez compris, vous n’avez pas finis d’entendre parler de parcs nationaux:-)

La côte ouest est en définitive une énorme plage qui ne termine jamais, on ne va donc pas vous faire la liste exhaustive de toutes celles qu’on a croisé, mais celle de Coral Bay vaut bien la petite photo pour la clarté de ses eaux. Comme partout ailleurs, la densité de touristes frôle le zéro ce qui n’est pas pour nous déplaire…

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Bon le road trip, les vacances à se la couler douce, c’est sympa, mais ça va un temps, le retour au boulot commence à nous démanger. Depuis la fin de la Lemon Myrtle quatre mois se sont déjà écoulés. Il est temps de se poser un petit peu, tout en remplissant notre porte feuille. On est à deux pas de Carnarvon, un des plus gros spot agricole de l’état, c’est l’endroit tout indiqué. Avec Cyril et Céline, un couple de français avec qui on voyage depuis peu, et Hugo, on passera une petite semaine à arpenter les fermes en faisant du porte à porte tous les matins, avant d’arriver à la conclusion qu’on est pas vraiment tombé dans la bonne période… Déjà, un typhon est passé par là il y a quelques mois, et a arrosé toutes les plantations d’eau de mer. Les filets protégeant les cultures sont ravagés ou au sol, les manguiers et bananiers n’ont rien donné cette année. Les raisins ne sont pas prêts et les quelques boulots agricoles disponibles valent cher, vue la densité de backpackers en mal de travail. Pour corser l’affaire, sur nous cinq seuls trois seulement ont un permis de travail valide mais on a quand même réussi à trouver quelque chose, si on peut dire…

Après huit jours de recherche, nous voilà à cueillir des tomates cerises au rendement pour des vietnamiens…mauvaise idée. Leurs tomates sont toutes amochées, et il faut cravacher pour gagner 12$ de l’heure, ce qui est un peu plus de la moitié du minimum légal. Normalement une journée maximum suffit dans ce cas pour prendre ses clics et ses clacs et aller voir ailleurs, mais il faut dire que la petite mama vietnamienne était très gentille, qu’on voyait bien que même en bossant 12h par jours, ils ne roulaient pas sur l’or. D’un autre côté, c’est pas trop dans nos valeurs que de participer au système d’exploitation du backpackers bien installé en Australie. Ils nous ont quand même eu pour une journée de plus, en sortant la carte « douche+électricité+frigo », ce qui nous a permis de passer une bonne petite soirée sur leur exploitation 🙂

De là, on a filer dans un des boulots les plus durs pour les mains qu’on ait fait jusqu’à présent, tout pays confondus : la récolte des oignons à la tâche. Déjà, ça a mal commencé, toute une bande de travailleurs réguliers du Vanuatu sont déjà sur place, équipés de gros ciseaux bien affûtés. Pour nous, il n’y en a plus, il faudra déjà attendre le lendemain pour qu’ils en reçoivent d’autres. La fameuse organisation à l’australienne si courante ici : la période de récolte arrive et tu n’as pas assez d’outils, normal… Pas de chance, ces ciseaux là on en fait plus, alors on se contentera de bosser le premier jour avec une autre sorte de ciseaux pas affûtés du tout. Résultat, des ampoules énormes, parfois assez grosses pour recouvrir tout un doigt, super… Mais si ce n’était que ça, passe encore, la corne ça se fait, mais les oignons sont parfois gros comme des balles de handball, et il faut se pendre après pour les déterrer. Verdict : ça décolle les ongles, et ça c’est moins rigolo ! Bref on aura vite fait de comprendre que Carnarvon c’est pas pour nous, du coup on reprend la route et on trouvera du boulot plus loin, et plus simple on l’espère…

Dommage parce que c’était un bien joli coin, avec de bons spots de pèche et une longue côte escarpée où se produit un phénomène bizarre appelé « blow hole ». C’est en fait un orifice au sol, en bordure de mer, où de l’eau est projetée en hauteur par suite des mouvements de flux et de reflux de la mer dans une galerie souterraine Ce n’est pas quelque chose de typique, il y en a dans différents endroits de la planète, mais le phénomène vaut bien le petit détour…

Sur ce on reprend la route vers Shark Bay, un bien bel endroit où les requins de récifs pullulent, et où l’eau de mer est deux fois plus salée qu’en général. La forme de la baie et la faible profondeur font qu’il n’y a presque pas de marée, et que le peu d’eau qui y stagne s’évapore, d’où la concentration en sel. Au final ça donne quelque chose d’assez désertique, et le sable est remplacé par des millions et des millions de coquillages d’une seule espèce, la seule capable de vivre dans ces conditions de salinité. La couche de coquillage fait plusieurs mètres d’épaisseur, et en sous sol, sous leur propre poids, les coquilles s’agglomèrent pour former quelque chose d’assez dur pour être coupé en cube et servir de matériel de construction. Il en résulte de vraies maisons en coquillage !

C’est aussi un des très rares endroits du monde qui abrite encore des stromatolithes en développement actif. Les stromatolithes sont des constructions fossiles, formées de carbonates. Ce sont parmi les plus anciens fossiles connus, les plus vieilles traces remontent à 3,5 milliards d’années. Leur formation est liée à l’activité de cyanobactéries (entre autres) vivant à leur surface. Elles ont joué un rôle prépondérant dans l’évolution de l’atmosphère terrestre, mais comme c’est un peu trop technique pour être exposé ici, je laisse les gens que ça intéresse faire leur petites recherches. En tout cas voilà à quoi ça ressemble :

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Toujours en direction du sud, on fera encore halte dans trois petits parcs avant de reprendre le boulot. Premier arrêt au Kalbarri NP, où les gorges du fleuve Murchinson, longues de près de 80 km, sont les principales curiosités. C’est aussi à partir d’ici qu’on entre dans la fameuse zone fleurie du Western Australia. On en verra quelques unes mais le plus gros est déjà passé, on arrive un peu tard dans la saison donc pas d’orchidées pour nous, dommage.

La côte de Kalbarri est superbe et ce sera la première rencontre avec des falaises australiennes, vue sur l’océan indien et sur les bancs de dauphins et autres baleines à bosses qui se baladent en contre bas.

Un petit crochet juste en dessous au Lesueur NP, où bien sûr, une fois encore, nous ne croiserons personne de la journée. Ce parc ne paye pas de mine comme ça mais offre une végétation vraiment originale. Il y a plus de 900 espèces de plantes indigènes dans le parc, dont beaucoup sont endémiques. Ce genre de petite excursion à la journée n’est franchement pas de trop pour couper un peu les longues sessions de route à crever de chaud dans la voiture !!! L’été s’en vient et ça devient difficile de ne pas le remarquer !!!

Enfin le parc des Pinnacles sera notre dernier arrêt avant la reprise. Le désert des Pinnacles, dans le parc national de Nambung, est célèbre pour ses milliers d’étonnantes concrétions rocheuses calcaires, menhirs naturels de tailles et de formes variées, qui surgissent du désert et dont les plus hautes peuvent atteindre quatre mètres. Il semblerait que tout ça ait plus ou moins 30 000 ans, mais personnes n’a l’air de s’accorder ni sur la date, ni comment un truc pareil a bien pu se former. L’explication la plus vraisemblable propose que tout ceci serait les restes des troncs d’une foret pétrifiée, mais ça reste à prouver… En tout cas, tout ça offre de biens jolis panoramas, même si c’est dur de ne pas mettre de voitures sur les photos. Et oui, ici tout est toujours mieux si ça peut être fait en voiture, donc une piste jalonne le parc, et croise plusieurs fois l’itinéraire des « valeureux » marcheurs assez fous pour s’aventurer à l’extérieur sans climatisation ! Mwarf…

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Bon il est temps de reprendre enfin le boulot. La zone de Perth regorge d’annonce, mais c’est pas le meilleur endroit pour trouver des boulots agricoles. C’est sans compter sur notre détermination ! Après quelques dizaines de candidatures, on finit par se faire embaucher pour faire du désherbage chez des maraîchers bio à Gingin, un peu au dessus de Perth. Sur 4Ha, ils font essentiellement des salades, des poireaux, des oignons et tout un tas de choux. On a commencé le boulot à huit mais après quelques jours, le manager est venu nous voir pour nous dire, en résumé :  « vous allez super vite dans le boulot, c’est super tout ça tout ça, du coup je vous propose d’en virer quatre et de vous laisser finir le boulot ». Plutôt incongru comme question de la part d’un responsable mais bon, malgré notre réponse évasive il mettra son plan en action et on finira à quatre le désherbage du reste de l’exploitation. Une petit boulot sympa sur une dizaine de jours, qui nous aura permis de remettre quelques pépettes de côté, et de changer nos pneus qui étaient plus que morts !

Et au final nous voilà rendu sur Perth, dans une coloc bien sympathique où s’est installé Hugo pour ces dernières semaines de vacances. Ça fait du bien de se poser un peu en dur, de voir de nouvelles têtes non francophones (la moitié de la coloc est allemande) et de faire la popotte pour toute l’assemblée pour les remercier de leur hospitalité :-).

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Comme cerise sur le gâteau, c’est pas peu dire, les deux proprio de la coloc ont passé un paquet de temps en Tasmanie, du coup on a fait la razzia de bons conseils et d’adresses de fermes pour aller cueillir des cerises là-bas, ce qui fait l’unanimité parmi tous les gens qui l’ont essayé : c’est le meilleur plan cueillette qu’on puisse trouver ! Verdict on commence autour du 15 janvier pas loin d’Hobart pour 5 semaines. Le billet de ferry est pris, on embarque le 1er janvier au matin de Melbourne, ce qui nous laisse cinq semaines pour faire la côte jusqu’à Espérance et traverser le désert du Nullarbor. Ironie du sort, pendant que vous aurez mal au ventre des excès de votre nouvel an, nous aussi on aura mal au ventre, mais plutôt à cause de la houle, ou les deux 🙂

On ne sait pas encore combien de temps nous sera vraiment nécessaire pour en arriver là, mais si une petite semaine de rab se débloque (ce qui a l’air d’être le cas), une bonne rando de 120km se profile à l’horizon. Ça fait longtemps que les chaussures n’ont pas repris du service, et c’est le lieu idéal pour ça. De Perth à Albany, le Bibbulmun Track, un chemin de rando de 1003 km, longe la côte. Le faire en entier serait un peu ambitieux et chronophage, et la majeure partie du tracé n’est pas très intéressante, mais les 120km de Walpole à Albany semblent être la crème de ce fameux « super-trek »…alors voilà en gros les plans pour ces prochains temps, à voir si tout se passera comme prévu.

En attendant de vous donner plus de détails sur la suite des événements, passez une bonne fin d’année, profitez de la fraîcheur et de la neige qui s’en vient, ne tardez pas à envoyer votre liste au Père Noël ni à remplir votre cave à vin, et surtout allez remplir entre copains la terrasse de votre café favori, c’est un très bon moyen de chasser la morosité, de dire merde à tout ceux qui veulent nous faire peur, et ça soutient le commerce de proximité:-). Mais attention, ne soyez pas trop nombreux au même endroit, où notre ministre de l’intérieur risquerait de vous mettre en tôle pour six mois pour réunion non autorisée ! J’espère que les rues seront pleines à craquer pour la manif du 29 nov !, et pour toutes celles qui vont suivre. Bravez l’état d’urgence, et donnez de la voix pendant la COP21. Force et honneur ! Bisous à tous !

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The Big Empty ou le grand vide…

     Salut à tous, voici quelques nouvelles que nous aimerions dire « fraîches », mais ça fait bien longtemps qu’on a plus rien croisé de frais par ici. Chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de l’arrivée de l’été, et même si on est concrètement qu’au milieu du « printemps » les températures sont déjà difficilement supportables. Il est 10h du matin, on file sur une énième bande de bitume luisante traversant d’infinies plaines désolées, il fait 38° et l’eau est aussi chaude que du thé, donc pour se mettre en situation, nous vous prions de vous installer devant votre four porte ouverte, thermostat 6, chaleur tournante, avant d’aller plus loin…

     On s’était laissé à Alice Springs, depuis, un bon paquet de kilomètres se sont écoulés. Tout a commencé par une première session de 1000km de traversée du néant, vers le nord. Si la monotonie devait se matérialiser, elle s’inspirerait sûrement beaucoup de ce tronçon où même un pilote automatique finirait par s’ennuyer. Heureusement la lumière est au bout du tunnel, ou plutôt la baignade est au bout de la route, la Bitter Spring de Mataranka nous attend. Ce véritable petit bassin paradisiaque au milieu du désert nous fera oublier en moins de 5 minutes les 2 jours sans intérêt qu’on a passé pour en arriver là. L’eau est claire comme pas possible, presque recouverte par la végétation, seul un petit couloir entretenu par les aller et venus des nageurs persiste. De tout ce qu’on a pu voir jusque-là c’est sûrement ce qui ressemble le plus à l’image que tout à chacun doit se faire du jardin d’Éden. Après 2 jours de cuisson il est temps d’arroser le rôti, tous à l’eau!

     On serait bien resté à se rafraîchir perpétuellement mais il faut se décider à reprendre la route. Hugo, le petit frère de Lo, vient d’atterrir à Darwin avec 3 mois de visa. La famille s’agrandit, un nouveau passager clandestin prend la place de Rémi à l’arrière, avec l’objectif de nous accompagner tout le long de la côte Ouest jusqu’à Perth.

La nouvelle équipe

La nouvelle équipe

     Darwin est une jolie petite ville, bien moins glauque qu’Alice Springs et les bourgades du centre. Il y a des jeunes, du monde en terrasse, et l’océan que l’on n’avait pas revu depuis Cairns. On ne s’y attardera pas pour autant, vous connaissez notre attachement pour les villes, et c’est toujours une galère de trouver un endroit sympa pour y passer la nuit quand tu te balades en van. Les autorités font la chasse et les amendes fusent. Un petit recoin planqué en zone résidentiel nous sauvera la mise et fera très bien l’affaire pour voir venir le lendemain. Étant à l’extrême nord du pays, c’est par là que l’infernal climat tropical met le pied sur le territoire. La chaleur ne baisse presque pas la nuit, le taux d’humidité est au maximum, les pluies diluviennes du « wet » (saison humide) ne vont pas tarder, il ne faut pas traîner là.

Juste à côté de Darwin se trouve le très renommé Kakadu National Park. Il couvre 20 000km² de l’immense « terre d’Arhhem », un territoire aborigène occupé depuis 25 000 ans. C’est bien tentant mais le problème c’est que si tu n’as pas de 4×4, tu restes cantonné à suivre la seule route bétonnée qui le traverse sans pouvoir accéder aux belles chutes d’eau qui de toutes façon sont sèches en cette fin de « dry » (saison sèche). Réputé pour l’art rupestre qu’il contient, il attire aussi la convoitise de nos compatriotes d’Areva. Ironie du sort, c’est dans ce parc que se situent certains des plus gros gisements d’uranium du monde. L’Australie n’est pas réputée pour faire cas des considérations écologiques, surtout dans le domaine de l’exploration minière. Un petit coup de crayon sur la carte et hop, dès 1970, voilà 4 mines en plein milieu du parc qui deviennent exploitables… Les concessions appartiennent à l’état ou à des compagnies privées, mais l’autorisation des aborigènes de la région, les Mirrar, est nécessaire pour l’exploitation (depuis les années 80 et la restitution des territoires abo à leur occupants). La plus récente de ces mines, celle de Jabiluka, était dans le collimateur d’Areva, mais les abos refusèrent les millions de dollars promis et demandèrent que le territoire soit reclassé parc national. Petit à petit et au fil des concessions qui, comme cette dernière, ne seront probablement pas renouvelées, toutes les mines devraient être fermées d’ici 2021. Voilà en résumé la petite leçon d’éthique qu’on donné quelques poignées d’aborigènes soit disant « arriérés » aux bureaucrates de Canberra.

Bref on fera l’impasse et c’est de l’autre côté, au Litchfield National Parc, que notre trio fera sa première halte. C’est un parc beaucoup plus petit, bien moins connu mais qui vaut clairement le détour. De belles chutes s’écoulent du plateau et alimentent de jolis trous d’eau, idéal pour la baignade, et presque sans crocodile. Par endroit un panneau t’indique quand même qu’il y en a un petit d’un mètre qui se balade mais qu’il ne faut pas s’inquiéter…

C’est aussi un des rares endroits ou cohabite les deux grandes familles de termitières qui peuplent le nord du territoire : les termites cathédrale qui construisent des édifices dépassant les 5 mètres, et les termites magnétiques qui construisent leur maisons toutes fines, toujours orienter nord-sud pour réduire un maximum l’incidence des cuisants rayons du soleil.

cathédrale

cathédrale

et magnétique

et magnétique

Quel bonheur de passer plusieurs jours d’affiler à enchaîner les baignades sans avoir à conduire pendant des heures. Une fois le plein de fraîcheur fait autant que possible, on repart pour un petit 300 kilomètres pour rejoindre Katherine et le Nitmiluk National Park.

Celui-ci non plus ne paye pas de mine, et pourtant il vaut clairement de s’y arrêter quelques temps, surtout qu’après ça c’est le rien le plus strict qui nous attend…

Ici c’est la Katherine River qui a fait tout le boulot en creusant 13 gorges dans le gré de la terre d’Arnhem. De belles balades et de jolis spots baignades jalonneront ces quelques jours, et nous offriront de frais souvenirs auxquels nous accrocher pour braver la torride suite des événements…

     Bon, quand faut y aller, faut y aller… prochaine étape Broome, à un petit 1500 km de là… Cette interminable route passe entre l’immense région du Kimberley, une zone presque vierge de 420000km² « presque la taille de la France métropolitaine » pour seulement 32000 hab, et le Purnululu National Park célèbre pour ses « bungle bungle », de drôle de formation rocheuses formées de couches de roche superposées, un peu comme des lasagnes.

Idem que pour le Kakadu, tout n’est praticable qu’en 4×4 alors pour nous pas d’autre solution que de prendre notre courage à deux mains et d’enquiller les kilomètres. Pas grand-chose à dire sur cette route sans fin sous un soleil de plomb, du coup j’en profite pour vous glisser quelques infos sur les seuls êtres vivants qui ne nous quittent presque jamais et qui remplissent un peu le décor : les eucalyptus.

A eux seuls ils représentent 95% des forets d’Australie. Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de concurrence, du coup ils ont gentiment colonisé presque tout le territoire et se sont diversifiés en presque 600 espèces. Ils peuvent prendre des formes très variés, les plus petits formant des buissons d’à peine 4m de haut, alors que les plus grands, les eucalyptus regnans, sont les plus grands feuillus de la planète. Le plus grand d’entre eux à été nommé Centurion, et frise les 100m. (de quoi faire un paquet de bidis, clopes à l’eucalyptus qu’on fumait en Asie…)

Sur ces routes interminables, la moindre aspérité dans le paysage est un bon prétexte pour faire une pose, surtout quand il y a de l’eau au fond, et pour le coup on en a croisé une sacrée : le Grotto. Au milieu de rien une rivière asséchée a formé en s’infiltrant un énorme trou rempli par une flaque d’une 100aine de mètre de fond. Presque toujours à l’ombre, l’eau est fraîche et bien assez profonde pour y faire les cons une bonne partie de l’aprem.

La seule chose qui ressemble à un village sur cette route s’appelle Windham, et à l’originalité de se trouver à la confluence de 5 rivières avec en plus une colline pour admirer le panorama, et ça vraiment, ça ne court pas les rues !

Windham

Windham

la Testa family

la Testa family

     On savait que les feux de brousse étaient monnaie courante ici, mais sur le route en repartant de Windham, on en a littéralement traversé un. C’est assez impressionnant, surtout la nuit, de voir un feu qui semble hors de contrôle manger les herbes sèches, mais c’est tout à fait normal. Il fait place nette pour que les prochaines pousses prennent la place, tout en allant assez vite pour ne pas tuer les arbres. Le truc c’est qu’il avance très vite, et sans rien voir venir tu peux facilement au matin te retrouver dans le brouillard de sa fumée, où même carrément dedans. La prudence est donc toujours de mise, et les deux pièges les plus sournois pour le routard australien sont sans conteste les feux de brousses quand tu es dans les terres, et les fortes marées quand tu campes en bord de mer.

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     Nous voilà à Broome. En comparaison des autres villes australiennes croisées jusque-là, on peut dire que Broome, du haut de ses 12 000 hab., est une ville plutôt sympa. Placée là où « le désert rencontre l’océan », les vagues grandissantes de l’océan indien viennent se briser sur ses petites falaises de gré rouge, on respire un peu ! Broome est surtout connue pour l’exploitation perlière, et pour l’exploitation des plongeurs japonais qui va avec. Le grand cimetière nippon plein de mauvais apnéiste en témoigne… C’est aussi les couchées de soleil sur Cable Beach qui attire les touristes, et pour nous aussi la douche gratuite juste à côté:)

La grande jetée offre un super spot de pêche, mais pour l’instant les rares poissons qu’on a chopé ne dépassent pas les 20cm…mais on persiste !

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      Deux ou trois jours de pause à Broome s’imposaient, surtout que les 600 prochains kilomètres pour rejoindre Port Hedland portent le doux nom de « big empty ». Vu qu’il n’y avait déjà rien pour en arriver là, on s’attend au pire. En effet, même les eucalyptus ont désertés, ne reste que la plaine à plus en pouvoir, sans même une vue sur l’océan. Ici c’est les moutons qui composent le cheptel, et se baladent sur d’immenses territoires pour trouver quelques herbes à se mettre sous la dent et paradoxalement, l’Australie est un des plus gros producteur de laine merino.

On nous avait parler un peu de Port Hedland plus en amont, et en effet la ville est à la hauteur de sa réputation : c’est pas terrible. Ici c’est le minerai de fer qui a le premier rôle, et à part les mines et l’immense port il n’y a rien de spécial. Les immenses bateaux pouvant transporter presque 300.000 tonnes de minerai chacun se succèdent, et huit sur dix partent en direction de la Chine. On ne s’y attardera pas, surtout qu’on arrive aux portes du fameux parc national du Karijini.

C’est un des rares endroits dont on avait entendu parler avant de mettre le pied en Australie, et pour cause, c’est le plus beau parc qu’on ait vu de toute la partie aride qu’on arpente depuis 2 mois, et il rentre directement dans le top 3 de tout ce qu’on a vu du pays. Des gorges étroites et abruptes au fond desquelles de superbes piscines naturelles nous attendent pour la baignade, vraiment au top ! Les mots ne sont pas ce qu’il y a de plus pratique dans ces cas là, alors voilà quelques photos pour vous en donner une idée.

     Après ce petit crochet dans les terres, on devrait maintenant plus ou moins suivre la côte jusqu’à Perth. Au programme des réserves marines où, parés de nos masques et tubas, on compte bien voir toutes ces bestioles qui font la renommée des récifs australiens : raie manta, requin de récif, tortues, et toutes la famille des poissons de corail et le corail qui va avec. Au Ningaloo Marine Parc et à Coral Baie justement, les récifs de coraux ne sont qu’à quelques mètres du rivage, pas la peine de prendre le bateau pour aller en haute mer comme pour la grande barrière de corail de l’Est. Avec un peu de chance même on arrivera peut être à enfin pêcher un poisson digne de ce nom, mais pour tout ça il faudra attendre le prochain volet de nos petites histoires…

Des gros bisous à tous, j’espère que vous profitez des derniers souffle de l’été et que tout le monde n’a pas déjà ressorti les pulls et allumé le chauffage. A tout bientôt !!!

     PS : on vous rajoute quelques photos de notre vie de tout les jours parce que le voyage ce n’est pas une perpétuelle succession de trucs qui t’en mettre plein les mirettes. On a aussi notre petit quotidien, nos taches ménagères, nos petites galères bref, on vous glisse ici quelques photos qui illustrent notre vie de romano 🙂

L’outback

     Salut à tous ! Après trois semaines de répit, il est temps pour vous de retrouver votre chaise de bureau pour passer un petit quart d’heure à lire nos énièmes péripéties. Les détenteurs de deux bureaux sont autorisés à y passer deux fois sept minutes trente, ils se reconnaîtront… Avant de vous y mettre, prévoyez une bonne bière fraîche et faite tourner le ventilo, parce que depuis notre départ des environs de Cairns, fini le climat tropical, l’humidité, la végétation luxuriante et hourra, les moustiques. Tout ça à fait place à la poussière rouge et au soleil de plomb qui tout deux règnent en maître sur tout le centre du pays : l’outback.

     Bon, le changement ne s’est pas fait en un jour, vu la taille du pays, il faut toujours compter en centaines de kilomètres avant de voir quelques changements dans le décor. En quittant les abords de Cairns, après avoir rendu Rémi à ses occupations, on a filé plein ouest direction Mt Isa, à 1250km de là, en suivant la Savannah Way, qui porte effectivement bien son nom. Le vert, jusque-là omniprésent, pâli peu à peu pour laisser place au jaune. Tout commence à être sec et rabougri, l’horizon s’éloigne dangereusement faute de relief, et les autres voitures sur la route commencent à se compter sur les doigts de la main. Ça y est, on rentre dans le vif du sujet australien, pas celui des grandes villes et des endroits touristes, celui des vrais « red neck », où il pleut tous les 36 du mois et où il y a autant de nuages dans le ciel que de vaches dans les prés par hectare, soit pas plus de un ou deux.

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     Pas grand-chose à voir sur la route, les distances entre les endroits à minima intéressants s’écrivent à présent à quatre chiffres. Pourquoi Mt Isa, parce que c’est là que l’on quittera la Savannah Way pour se lancer plein sud direction le désert de Simpson. Cette ville de près de vingt mille habitants, ce qui est déjà un bel exploit pour un coin si reculé, n’offre vraiment rien de folichon. La seule chose particulière est la mine d’argent, de plomb, cuivre et zinc posée en plein milieu et qui fait vivre la moitié des habitants, attraction impossible à rater vue sa taille et sa laideur. Bref vous l’avez compris, on ne s’attarde pas trop, juste le temps de remplir notre réservoir et notre bidon d’essence. Les distances entre les stations augmentent dangereusement, un peu comme le prix de l’essence. On remplit aussi nos coffres de nourriture et d’eau, ne sachant jamais où en sera la prochaine source. Il n’y avait déjà presque plus rien sur la route qui nous a mené ici, mais c’était encore la cohue en comparaison de ce qui nous attend.

        Un petit détail tout de même mérite peut être qu’on s’y attarde, un tout petit point sur la carte qui porte le nom de Normanton. Je ne vous parlerai pas de l’architecture inexistante de l’unique rue principal que compose cette petite bourgade perdue, ni des ballots de paille qui la traverse plus souvent que les piétons, mais de son appartenance à la plus fameuse épopée d’Australie dans la catégorie exploration, et aussi la plus ridicule… C’est en effet dans ce coin, le golf de Carpentra, que s’achève la première traversée du pays sud-nord par le centre, menée par les célébrissime explorateurs Burke et Wills, dont l’audace n’a surement d’égale que leur incompétence. De Normanton jusqu’à notre traversée du désertique centre australien, nous allons souvent croiser quelques plaques commémoratives et établissements aux noms de Burke et Wills. Alors vu qu’on semblait manifestement suivre leurs traces, on s’est quelques peu renseignés sur ces deux infortunés explorateurs. Quelques mots là-dessus s’imposent, ne serait-ce que pour rigoler cinq minutes.

     Il faut d’abord se remettre dans le décor de 1860, où l’on tente un paquet d’expéditions pour connaître un peu mieux ce grand continent qui commence à se peupler du fait de la ruée vers l’or. Les terres intérieures restaient encore inconnues, il existait même le mythe d’une mer intérieure que leur expédition aura eu le mérite d’infirmer. Donc, le 20 Août 1860, devant une foule de 15 000 spectateurs, les voilà parti pour une traversée sud-nord de 2800 km avec 18 hommes, 23 chevaux, 27 chameaux, et pas moins de 6 chariots chargés de 20 tonnes d’équipements et de nourriture. Mais n’ayant que peu d’expérience du bush, ces messieurs se sont quelques peu encombrés… Le chargement compte un bon paquet d’équipements et de nourritures superflus comme du mobilier, notamment un secrétaire pour la rédaction du courrier, du sucre à foison, du jus de citron, plutôt que d’emporter des bovins qui auraient fournis de la viande fraîche, ils ont opté pour des chariot remplis de viande séchée, et un des hommes a même emporté 270L de rhum sensé prévenir le scorbut de ses chameaux. Bref, on en passe, mais autant de choix qui expliquent une certaine lenteur dans l’acheminement ! Au fur et à mesure de leur traversée, constatant leurs maladresses, ils n’en finissent plus d’abandonner du matériel et de la nourriture, ainsi que des effectifs puisqu’il faut bien laisser du monde pour surveiller tout ça… ou pas, mais bon… Au final, ils partent à quatre, Burke, Wills, King et Gray, et laisse un dernier camp à Cooper creek, Burke leur donne pour instruction de les attendre trois mois, instructions que Wills a porté secrètement à quatre (il semblerait qu’il ait commencé à avoir des doutes sur les qualités de chefs d’expédition et de décisionnaires de Burke). Les voilà donc repartis, mais ils ont été tellement lents qu’ils sont à présent en plein été austral où les températures le jour dépassent les 50°C. Ils finissent tout de même par atteindre le nord mais bien à cours de ravitaillement, et quand ils entament le retour, et comme si ils n’en avaient pas assez chié jusque-là, ce sont les pluies de mousson tropicale qui ont débutées. Ils finissent par abattre les derniers chameaux et chevaux pour se nourrir, et Gray décédera de dysenterie après que Burke l’ait accusé de simuler la maladie, et l’ait tabassé pour vol de nourriture, charmante ambiance… Le 21 Avril 1861, ils finissent miraculeusement par atteindre le camp de Cooper creek, juste à temps pour constater que leurs compagnons, qui les ont quand même attendus pendant 18 semaines, ont levé le camp 7h plus tôt, dur… Ces derniers leur ont néanmoins enterré quelques provisions dont ils ont indiqué l’emplacement par un message gravé sur un arbre. Burke décident de rester deux jours pour récupérer, profiter des provisions, avant de rejoindre une ferme d’élevage à 240km de là. Il écrit une lettre pour indiquer ses intentions qu’il enterre dans la cache, mais comme s’il n’avait pas assez enchaîné les bourdes, il oublie d’indiquer leur passage au camp par une marque sur l’arbre. Du coup, lorsque l’expédition de secours arrive, et alors que le trio n’ait qu’à 56 km du camp, ne constatant aucune marque, ils croient que ces derniers ne sont jamais passés et ne pensent même pas à vérifier la cache, dur dur… Les infortunés survivront quelques temps grâce aux échanges avec les tribus locales, mais Burke et Wills finiront par décéder de maladies, seul King survivra et sera retrouvé par une énième mission de secours le 15 septembre 1861, au sein d’une tribu…

     Ceci étant dit, nous voilà donc parti, le van chargé jusqu’aux oreilles, filant vers le sud sur une route secondaire mais encore bétonnée, où il n’y a pas âme qui vive en dehors de quelques hameaux qui séparent les immenses propriétés agricoles où se baladent des milliers de vaches (que l’on ne verra que très rarement vu la taille de leur terrain de jeu, qui peut facilement dépasser la taille de l’un de nos départements). La plupart des véhicules que l’on croise sont ces fameux « road train », camions énormes tirant quatre à cinq remorques, chargées de bestiaux sur deux étages. Il faut au moins ça pour fournir la quantité tout aussi énorme de bidoche que l’australien moyen s’envoie quotidiennement. Je suis même étonné de ne pas avoir croisé de road train citerne plein de sauce barbecue…

road train

road train

     Les rares haltes où il est possible de voir plus de dix personnes au même endroit sont les « road house », espèce de station-service-bureau de poste-superette-bar-restaurant et encore bien d’autres choses, qui distillent les deux denrées les plus recherchées dans les environs : l’essence et la bière.

     Une bonne surprise quand même croisera notre chemin vers Birdsville, 700km plus bas. Un de ces petits villages, Bedourie pour ceux qui y passerai un jour, proposerai, a d’après notre guide, une piscine gratuite avec un spa. Ça sonne tellement improbable de lire qu’il y a une piscine en plein désert qu’il faut aller voir, ne serait que pour s’assurer que ce ne soit pas une faute de frappe, mais non ! Le paradis est là juste devant nous, piscine glaciale et bain bouillonnant ! Imaginez le bonheur de voir une baignoire grande comme un terrain de tennis quand tu es limité, si tu as de la chance, à deux douches froides par semaine. Il faudra y barboter toute l’après-midi pour se résoudre à continuer notre route…

       Avec un peu plus de renseignement, on apprend que c’est pas si improbable que ça de trouver de l’eau chaude en quantité aux portes du désert. Tout le centre de l’Australie est criblé, si l’on peut dire, de puits artésiens, d’où jaillit de l’eau chaude des profondeurs.

     La route continue, et le paysage s’aplatit encore. La vie commence peu à peu à disparaitre. Le jaune pâle des herbes sèches laisse sa place au rouge ocre de la terre nue. Même les eucalyptus super adaptés aux conditions les plus rudes s’évanouissent. Même les termites pourtant super coriaces ont disparu. Pourtant elles colonisaient bien le terrain…

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     Ca y est, un petit panneau nous indique qu’on est arrivé à Birdsville, 120 habitants, dernière étape avant le contournement du désert de Simpson, grand comme un tiers de la France. A part un super spot avec douche et électricité qu’on se dégotera à l’hippodrome, il n’y a strictement rien ! Hippodrome, c’est vite dit, on devrait plutôt l’appelé dromadrome, parce que l’attraction annuelle, qui doit aussi être la seule, est la fameuse course de dromadaire de Birdsville qui attire des milliers de badauds. En parlant d’eux, des chameaux pas des badauds, il est bon de préciser que l’Australie est le seul pays où gambadent des dromadaires à l’état sauvage. Particulièrement adaptés et super prolifiques, les descendants des dromadaires importés pour les explorations ont vite atteint le demi-million, et ça commence à poser des problèmes environnementaux.

     Toujours accompagné de notre couple d’ami franco-néo-calédonien, nous voilà sur le seuil du trou du cul du monde. Devant nous : strictement rien !!! 600km sur le Birdsville track, puis 600 autre sur l’Oodnadatta track, avant de retrouver l’artère qui traverse le pays : la Stuart Highway. 1200km de piste en gravier plus ou moins défoncée à parcourir. C’était maintenant ou jamais, d’ici peu les températures dépasseront facilement les 40°, pour presque geler la nuit. Les orages vont se former et il va tomber des pluies torrentielles qui recouvriront tout d’un mètre d’eau. C’est le coin de tous les extrêmes, et vraiment pas celui où il fait bon tomber en panne… Avec une bonne dose de fin pilotage et de bonne fortune, tout se passera pour le mieux. L’isolement le plus total, des ciels magnifiques de jour comme de nuit, l’horizon à perte de vue dans toutes les directions, filant sur une piste rectiligne et sans fin, c’est ça le vrai visage de l’Australie.

 Et du coup le moindre objet dans le paysage devient source d’intérêt 

       Tout irait pour le mieux si les moustiques, qui nous avaient rendu la vie dure dans le Queensland, n’avaient pas trouvé de remplaçants… Ici c’est le paradis des mouches ! Malgré leur tâche déjà prenante de nettoyeuses de toutes les dégueulasseries possibles, il faut aussi qu’elles viennent sans cesse, du lever au coucher du soleil, courir sur le moindre centimètre carré de peau que tu laisses dépasser, quitte à ce que ce soit l’oreille ou le trou du nez… C’est particulièrement agaçant, et beaucoup plus dur à claquer qu’un moustique ! Il nous faudra moins d’un jour pour comprendre que ça ne sert à rien de se battre, et que le meilleur moyen de s’en défaire est de rester tout le temps en mouvement. Pas facile quand tu es posé à l’apéro ou en train de cuisiner mais bon, la perfection n’existant probablement pas, il faut toujours compter sur quelque chose près à te casser les couilles, même au beau milieu du rien le plus complet.

tentative désepérée

tentative désespérée

     Et puis arrive, après une semaine de traversée du désert au sens propre, le retour à un semblant de civilisation. La route de gravier prend fin au moment où elle rejoint la Stuart Highway, seul lien goudronné du centre Australien. Entre temps on a donc quitté le Queensland (à Birdsville), fait un saut au nord du South Australia (à la jonction des deux tracks) pour finir au sud du Northern Territory, ou territoire du nord. Prochaine étape LE fameux gros caillou rouge mondialement connu : L’Ayers Rock, ou Uluru en langue aborigène. Alors on y est pas encore parce que bien sûr c’est à 600 km de là, mais bon l’équivalent d’un Paris-Orange parait maintenant aussi impressionnant qu’un Metz-Nancy…

     Uluru est un inselberg ou « montagne île » (comprenez par-là que ce monolithe est en fait la partie émergée d’une formation en gré qui s’enfonce profondément sous terre, et qui a été dégagé par l’érosion). Il mesure 348m de haut, a un périmètre de 9,4km et une longueur de 2,5km, de quoi facilement prétendre à la plus haute marche du podium dans la catégorie poids lourd du caillou. Une de ses caractéristiques est de changer de couleur en fonction de la lumière qui l’éclaire, et les couchers de soleil sont particulièrement beaux lorsqu’il vire brièvement au rouge. Emblème de l’Australie depuis sa découverte par les occidentaux en 1873, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial naturel et culturel de l’UNESCO, au travers du parc national d’Uluru-Kata Tjuta (aussi connus sous le nom des Mts Olgas). Il est devenu une attraction touristique phare à partir des années 1940, ce qui a provoqué diverses réactions des aborigènes, surtout lorsque certains des 400 000 touristes qui défilent chaque année s’aventurent à escalader le rocher. Etant sacré pour les aborigènes, ils ne l’escaladent pas et son ascension est donc vivement déconseillé à ceux qui se soucient un minimum de respecter leurs croyances. On aurait pu comprendre que l’ascension soit interdite, mais non, les australiens ont au contraire installé une main courante le long des 1,6km de la montée en pente raide, et une plaque qui permet d’identifier les montagnes environnantes au sommet. Quelques panneaux déconseillent tout de même la montée mais l’ascension, qui peut s’avérer dangereuse du fait du vent et de la roche glissante après la pluie (35 personnes ont volé en bas), reste néanmoins une attraction populaire.

       Une trentaine de kilomètre plus loin pointe la formation des Kata-Tjuta (Mt Olgas), plus hautes de 200m qu’Uluru et franchement au moins aussi impressionnante. Une bonne journée de marche sera nécessaire pour en retrouver la sortie, vu qu’on est toujours, en rando comme ailleurs, à suivre les chemins qui ne mènent pas à Rome…

       Puisqu’on parle des aborigènes, c’est le bon moment pour en faire une brève présentation. Le territoire du Nord dans lequel on est actuellement à une population composée de 30% d’abo, et c’est vraiment depuis qu’on est arrivé à Alice Springs, la grosse ville du coin, qu’on a pu commencer à les côtoyer de plus près. Il y aurait beaucoup de chose à dire sur le sujet, mais n’étant pas encore très affûté, on se contentera pour le moment de quelques généralités.

     Les aborigènes sont les premiers humains à avoir peuplé l’Australie. L’Australie et la Nouvelle-Guinée n’ayant jamais été rattachées à l’Asie, il existe plusieurs théories au sujet de leur origine. L’une d’elles avance qu’ils seraient venus de l’archipel indonésien sur des embarcations par le nord via le Timor il y a 40 000 ans. Une autre suggère qu’ils seraient venus par un passage entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie qui formaient alors une partie de l’ensemble continental émergé du Sahul. Ces deux théories ne sont pas exclusives et il est aussi possible que plusieurs vagues humaines soient arrivées à différents moments ou en même temps en différents points géographiques du continent. L’isolement génétique de la population par rapport aux autres populations d’Eurasie daterait d’il y a 50 000 ans. Depuis cette période, les Aborigènes ont développé en autarcie une culture qui leur est propre.

     Le « temps du rêve » est le thème central de leur culture, il explique les origines de leur monde, de l’Australie et de ses habitants. Selon leur tradition, des créatures géantes, comme le Serpent arc-en-ciel, sont sorties de la terre, de la mer ou du ciel et ont créé la vie et les paysages australiens. Leurs corps géants ont créé des fleuves et des chaînes de montagnes mais leurs esprits sont restés dans la terre, rendant la terre elle-même sacrée aux peuples indigènes. En 1788, l’Australie était peuplée par 250 tribus, occupant tout le continent, chacune avec sa propre langue, ses lois et ses frontières tribales ; c’est la plus ancienne culture survivant sur terre.

     Cook a noté dans son journal ses impressions sur les Aborigènes : « En réalité ils sont bien plus heureux que nous les Européens… Ils vivent dans la tranquillité qui n’est pas troublée par l’inégalité de la condition. La terre et la mer leur fournissent toutes les choses nécessaires pour vivre… Ils vivent dans un climat agréable et ont un air très sain… Ils n’ont aucune abondance. ».

     Ils n’avaient pas de mot pour hier ou pour demain, pas de maisons permanentes, ne cultivaient pas, n’élevaient pas, n’avaient pas de poterie ni de notion de propriété. Par contre les premiers colons ont rapporté de leurs premières rencontres avec eux qu’ils semblaient très occupés à amasser d’énormes quantité de coquillage, parfois loin des rivages, pour former des tas allant jusqu’à 10m de haut…

     Depuis lors, les choses semblent avoir bien changées, mais on se garde le volet de la colonisation, accompagnée des dérives les plus immorales, pour un prochain article…

     Et puisqu’un article sans évoquer le trekking vous semblerait bien inhabituel, il est temps de vous parler de deux de nos petites balades. La première de deux jours autour de Kings Canyon, sorte de grosse entaille, comme un coup de cutter dans la montagne. Quelques photos pour le plaisir.

     La deuxième d’une centaine de kilomètre le long du Mac Donnell Range, sur le Larapinta Trail. Long de 223 km, on ne fera que la première moitié, la plus engagée et la escarpée, sur cinq jours, et la dernière étape, le sommet du Mt Sonder (1380m). Une très belle rando, éprouvante pour les chevilles, à crapahuter dans les cailloux et les lits de rivières asséchées sous un soleil de plomb, jamais sans moins de dix mouches sur l’épaule…

                 A deux pas de là, pointe à l’horizon une drôle de formation. Goss bluff (ou Tnorola en abo), un cirque bien rond de quinze kilomètres de diamètre sort de la plaine. Rien à voir avec la formation du range, puisqu’une météorite estimée à 600m de diamètre s’est écrasée là il y a moult millions d’années, laissant une jolie balafre dans le paysage.

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     Voilà dans les grandes lignes ce qui nous a occupés ces dernières semaines. Entre temps, Hugo, le plus petit frère de Laurie, est parti lui aussi avec son sac à dos. Après un mois en Indonésie, le voilà débarqué fraîchement à Darwin, à 1500km d’ici, et à l’heure où l’on vous écrit, il doit être en train de faire du stop pour nous rejoindre. Après Xavier et Rémi, Vanus s’apprête donc à accueillir un nouveau passager clandestin, non content, tout comme nous, de poursuivre l’aventure à trois.

     C’est ici qu’on vous laisse, on s’en va fêter l’obtention de notre deuxième année de visa, acquise non sans mal. 88 jours de boulots intensifs, sept semaines de paperasses administratives pour Laurie, une demi-journée pour moi, et nous voilà certifiés conformes jusqu’en mars 2017, bien assez pour finir notre ti tour de vacancier, et rafler, on l’espère, moult dollars.

     Des gros bisous à tous!!!!!

The Queensland rainforest tour

Salut les amis, de retour sur la toile pour le tout premier article de notre grand roadtrip autour du continent australien. Après notre longue et éprouvante session boulot dans les Whitsundays, nous avons enfin pris la route à bord de « Vanus le gros », fin prêt pour le long périple qui l’attend. Cette première épopée d’Airlie beach à Cooktown nous aura pris un peu plus d’un mois et aura été tout du long, comme le titre l’annonce, sous le signe de la rainforest (fôret tropicale). Une zone de 9000km² classée au patrimoine mondiale de l’humanité, préservée de la déforestation. Toute la côte nord-est en était couverte jusqu’à ce qu’elle fasse place aux champs et aux grandes prairies d’élevage. C’est l’endroit où subsiste bon nombre d’espèces endémiques, et où est rassemblée une énorme quantité d’espèces animales et végétales, certaines datant des balbutiements de l’évolution. Au programme 65% des fougères d’Australie, 30% des marsupiaux, 60% des chauves souris, 30% des grenouilles et reptiles, 60% des papillons et 40% des oiseaux…de quoi ne pas passer un jour sans observer quelque chose de nouveau ! Voici quelques exemples de bestioles qu’on a croisé au fil des randos :

A mi-chemin, et à 20min de ferry de Townsville, un petit saut sur la Magnetic Island nous a permis de voir à quoi allait ressembler l’outback. Changement de décor, fini la jungle luxuriante et toute la palette des verts possibles, place aux eucalyptus et aux étendues jaunes rôties par le soleil. Cette petite île a la particularité d’héberger la plus grosse concentration de koalas du pays. Certes ils ne sont que 800, mais l’île n’est pas bien grande et Laurie et son œil de lynx nous ont permis d’en voir une demi douzaine, adultes et bébinous confondus !

Quelques mots quand même sur ce marsupial arboricole herbivore endémique d’Australie : le koala peut vivre en moyenne 15 ans pour les mâles, 20 ans pour les femelles, il est étroitement lié à l’eucalyptus dont il mange les feuilles. Pauvre en nutriments, riche en substances indigestes et toxiques pour la plupart des espèces, il est parmi les seuls à pouvoir en consommer. C’est en raison du manque d’apport énergétique suffisant que leur métabolisme s’est adapté pour devenir l’un des plus lent du monde animal. Les koalas ne boivent quasiment pas et, plus fort que les paresseux, ils dorment jusqu’à 20 heures par jour. La gestation dure environ 35 jours, à la naissance, le fœtus pèse moins d’un gramme et mesure1,5 cm de long. Il est aveugle, nu, et sous-développé, et rampe seul jusqu’à la poche ventrale de sa mère, où il va poursuivre son allaitement et sa maturation pendant six à sept mois. A ce stade, c’est vraiment très moche ! Très bien adaptés à leur environnement, les koalas gambadaient par millions jusqu’à ce que leur fourrure devienne très à la mode outre-mer, et en Australie pour faire des couvertures de voitures…et quelques saisons de chasse au début du siècle ont suffit pour presque les décimer. Bon il en reste encore environ cent mille, mais ce n’est qu’1% du cheptel de départ. Encore un bel exemple de la capacité destructrice de l’homme…

Un autre animal typique du coin et qui lui est encore aujourd’hui sur le point de disparaître c’est le casoar. Grosse pintade de type préhistorique, il ne vole pas, mais peut mesurer jusqu’à 1m70 et faire 50kg. Avec sa corne sur la tête et son cou tout bleu, il est plutôt au top dans le genre original. Il ne reste que 1000 individus en Australie, et on a eu la sacré chance d’en voir par deux fois. De près c’est assez impressionnant et ça ne s’en laisse pas conter, du coup c’est toujours avec pas mal de prudence qu’il faut s’en approcher. Ses grosses pattes munies de bonnes griffes peuvent facilement t’ouvrir en deux…

Enfin un petit mot sur LE prédateur de la région, le crocodile marin. La taille moyenne d’un mâle est de 7m pour un bon 800kg, mais les plus gros observés atteignent les 10m pour plus d’une tonne. C’est le plus gros reptile du monde. Il se balade aussi bien en mer que dans les estuaires des rivières, et le coin en regorge. Oubliée la petite baignade ou les marches au bord de l’eau, ce gros lézard peut te becter en un clin d’œil. En plus d’être super agile dans l’eau, il peut courir aussi vite qu’un homme sur terre. Inutile de grimper aux arbres, il attendrait plusieurs jours au pied s’il le faut pour te choper le cuisseau…après quelques jours de traque infructueuse, on a finalement pu en voir un gros spécimen, à distance réglementaire !

La flore n’est pas en reste, tout un tas de variétés primitives peuplent la forêt, et d’autres à la pointe de ce qui se fait de mieux niveau technique de survie. Parmi eux, citons le « stinging tree », qui te plante ses petits poils toxiques à travers le pantalon dès que tu le frôle, c’est particulièrement douloureux et ça peut durer plusieurs mois. Certains d’entre nous en gardent encore le souvenir « piquant ».

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Le figuier étrangleur a aussi une technique intéressante pour se faire sa place dans une forêt où, vu la densité, plus un brin de lumière ne touche le sol. Les oiseaux viennent manger ses fruits, et finissent par chier ses graines en vol. Une fiente bien placée sur une branche de la canopée et direct la graine germe et envoie ses racines le long du tronc de l’arbre sur lequel elle est tombée. Dès qu’elles touchent le sol, elles se mettent à grossir jusqu’à étouffer l’arbre hôte. Une fois ce dernier mort et décomposé, il reste une dentelle de racine qui peut prendre des proportions impressionnantes.

Le temps et les kilomètres s’égrainent à une vitesse folle, et trois semaines après notre départ, nous voilà déjà a Cairns. C’est là qu’on a récupéré Rémi, passionné, pour ceux qui ne le connaissent pas, par les oiseaux, la faune en général, et un penchant certain pour le vin rouge. Il sera notre guide biologiste et porteur de cubis officiel tout au long de ces deux dernières semaines.

Sacré chance d’avoir pu se retrouver au même endroit au même moment dans un pays si grand, avec des loustiques comme lui et nous, qui ne sont rarement plus de quelques temps au même endroit. Timming parfait aussi pour fêter mes 31 ans, et partager mon « gros » cadeau d’anniversaire, dont voici la moitié en photo 🙂

Steack d'anniversaire (Copy)Notre petit tour à trois peut se résumer en quelques mots : pêches pas très fructueuses mais qui auront au moins donné de jolis clichés, randos à gogo, apéros réguliers et bonnes tranches de rigolades.

Heureusement qu’on ne comptait pas se nourrir intégralement de notre poisson péché, et les grosses popotes tous les soirs et quelques belles trouvailles en chemin nous permettent largement de garder la ligne…

DSC08806 - plus gros burger du Queensland (Copy)

A force d’enchaîner les centres d’informations touristiques en quête d’infos, souvent introuvables, sur les randos, on découvre que l’Australie, comme la Nouvelle Zélande, se passionne pour les superlatifs. Chaque endroit est « le plus » quelque chose, quitte à créer de toute pièce un truc plus gros que celui du voisin. Trois exemples d’une série qui s’annonce longue et cocasse.

DSC08548 - Grosse botte de Tully (Copy)

Grosse botte de 8m de haut, c’est la hauteur des précipitation des grosses années

Jetée de Lucinda, 6km, la plus longue d'hémisphère sud

Jetée de Lucinda, 6km, la plus longue d’hémisphère sud

La grosse mangue de Bowen

La grosse mangue de Bowen

La route continue vers le nord, nous voilà sur le grand plateau entre Cairns et Cooktown, l’Atherton tableland. Enfin on quitte les paysages monotones des monocultures de cannes à sucre qui ne nous ont pas lâchés depuis les Withsundays, 1000km plus bas. Place aux paysages type Auvergne, grands prés verts vallonnés à perte de vue où gambadent les bovins qui, si tu n’es pas assez attentif, peuvent aussi se retrouver sur ton capot ! Pour ne pas oublier qu’on est en Australie quand même, de gigantesques plantations de bananiers entrecoupent ce joli paysage, qui autrefois n’était qu’une vaste foret.

champs de bananes

champs de bananes

cannes à sucre

cannes à sucre

Tableland

Tableland

On va passer pas mal de temps dans ce coin là, concentration de parcs nationaux et de chutes d’eau obligent.

Déjà, il y a le mont Bartle Frere à gravir, plus haut sommet du Queensland, mais qui n’est en fait qu’une grosse colline de 1622m de haut. Ici les chemins ne serpentent pas, tout droit direction le sommet, avec des parties assez raides pour devoir mettre les mains au sol. Au top pour se chauffer les mollets qui resteront chaud les deux semaines qui suivront.

Cette ascension aura également été l’occasion d’une rencontre avec un très sympathique couple de Français, Mathieu et Émeline, expatriés en Nouvelle-Calédonie, au moins aussi passionnés de voyages et de nature que nous, qui suivent le même chemin et avec qui nous continuons actuellement la route.

Et puis arrive le bout de la route : Cooktown, dernière étape de l’itinéraire bétonné. C’est une toute petite ville où il ne se passe pas grand chose, mais qui est pourtant très importante dans l’histoire de l’Australie.

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C’est là que l’illustre capitaine James Cook, à bord du HMS Endeavour, a mis pied à terre pour le compte de la couronne anglaise en 1770. Quelques précisions sur ce sujet de la plus haute importance pour les australiens s’imposent, car ce n’est pas le début de l’histoire.

Les premiers à être arrivés en Australie semblent être les portugais, deux canons de 1525 ont été retrouvés sur les côtes, puis l’espagnol Luiz Vaez de Torres qui, en 1606, passa le détroit entre Australie et Papouasie en lui donnant son nom. Dans la foulée passe par là le hollandais Abel Tasman en 1642 (d’où la Tasmanie) avant de découvrir la Nouvelle Zélande et les Fidji. Avant d’être l’Australie, le pays s’appelait du coup la « Nouvelle Hollande ».Tout ce beau monde n’ayant pas jugé bon de poser le pied à terre, après la dure expérience du hollandais Willem Jansz, accueilli sous les lances des abos en 1606.

Pourquoi ce nom d’Australie et tant de navigateur dans le coin ? L’idée à l’époque était qu’il devait exister un continent identique aux masses de terre du nord dans l’hémisphère sud : la tierra australis.

Le point le plus au nord de l’Australie est encore à plus de 1000km, mais accessible uniquement par des routes de terre dont l’état change du tout au tout à la moindre pluie. Trop de risques d’y laisser embourber Vanus où d’y laisser un morceau, on renonce à aller plus haut…

Pourquoi on tente pas le cap York

Ensemble et juste avant le départ de Rémi, nous sommes partis pour une randonnée de trois jours dans les Misty Mountains, une bonne quarantaine de bornes sur un chemin qui a été entretenu pour la dernières fois il y a sept ans (!), à travers jungle, gorge et rivières, et les fameux « stinging tree ».

C’est là que Rémi nous fera une démonstration de ses talents de charmeur de python, pas venimeux mais assez grand pour ne pas être pris pour un jouet, enfin…

Et puis vient le moment de se dire au revoir, Rémi retourne à Cairns voir des amis, prendre son avion pour Sydney et reprendre le boulot, nous on file tout les quatre plein est. On dit pour longtemps au revoir à la prédominance du vert, bonjour le jaune, les routes où les kangourous essaient de se jeter sous tes roues et où tu croises les fameux « road train », camions énormes à 4 ou 5 remorques, sur une bande de béton juste assez large pour une voiture. Prochaine étape incontournable : Alice Springs et Uluru, LE fameux gros caillou d’Australie. Au programme 2000km de routes cabossées au milieu des eucalyptus, puis 1500km de piste de terre rouge pour contourner le désert de Simpson, via le Birdsville et l’Oodnadatta track. Prochain article une fois de l’autre côté, si les vautours ne nous on pas becté:)

BISOUS BISOUS

BISOUS BISOUS

La vie sous les tropiques… CA PIQUE!

Whitsundays (elle est pas de nous celle la!)

Whitsundays (elle est pas de nous celle la!)

     Salut à tous, nous revoilà dans un nouvel article, ce qui n’était pas arrivé depuis fort fort longtemps… Ici comme ailleurs, les périodes de travail sont tout de suite beaucoup moins passionnantes, alors on a attendu la fin du taf pour enfin sortir la tête de l’eau, reprendre la route et recommencer à écrire…

     Grosse session que ces deux mois et demi à la Lemon Myrtle Farm. Tout a commencé par une drôle de surprise. Quand on a accepté ce job on était encore dans les fraises jusqu’au cou, et le simple fait que ce soit une ferme bio a suffit pour qu’on dise « oui oui on arrive ». La première chose à laquelle on a pensé c’est « tiens, une ferme qui fait des myrtilles et des citrons , pourquoi pas… » mais pas du tout, « myrtle » ne voulant pas dire myrtille mais myrte. Quelques recherches plus tard, on se rend compte qu’on va bosser dans une sorte d’exploitation de petits arbres endémiques du Queensland, la myrte citronnée, dont la particularité est d’être très concentrée en « goût citron ». Bon pourquoi pas, mais on se sait pas du tout quel sera notre job exactement, et à quoi ces un million deux cent mille arbres peuvent bien servir.

     Le boulot se trouve à Airlie Beach, dans les Whitsundays, un coin très touristique, réputé pour ses îles et ses plages, dont une particulièrement renommée pour être une des plus belles du monde, ce qui a suffit à ce trou paumé pour devenir un coin incontournable du tourisme sur la côte est, et attirer tout un tas de richards en quête d’un petit bout de colline pour y poser sa grosse maison à un million de dollars et son gros bateau dans la marina. Pas le coin idéal pour passer la nuit en camion sur le parking, au milieu des petites pépettes en talons hauts et des bichons fraîchement toilettés.

Le temps d’aller faire un tour à la ferme pour se présenter et on trouve au bout de la route notre spot pour la nuit, une petit trou d’eau avec une cascade, des tites tortues et pas de crocos, idéal pour une petite baignade et un bon repos pour être frais dispo pour le lendemain, première journée de travail.

Ca y est, il est 5h30, le réveil sonne pour la première d’une longue série. Rendez-vous à 6h30 avec l’équipe, un couple d’italien qui vient aussi d’arriver, un maori, une américaine tous les autres sont australiens. On est une vingtaine à bosser sur la ferme, et on se sait pas trop à quelle sauce on va être mangé, et à quoi peuvent bien servir tout ces gens…mais on sera vite mis au parfum.

C’est parti pour le champ, dans une des nombreuses parcelles de l’exploitation. Notre premier boulot, qui ne durera qu’une semaine, consiste à désherber les pieds de myrte avant que le tracteur ne vienne leurs faire une coupe à la brosse pour récolter les feuilles. Le boulot s’organise comme ça : un mec passe avec un tracteur un coup de tondeuses entre les rangs, deux mecs sont avec des débroussailleurs, en avance sur nous les « weeders », pour couper le plus gros de tout ce qui a poussé depuis quatre mois (les parcelles sont récoltées trois fois par an ) et y a de quoi faire. Cette ferme est un îlot de bio au milieu de centaines d’hectares de cultures intensives de cannes à sucre, et elles essaient de s’installer partout. Nos petits buissons ont du mal à voir la lumière de jour en dessous de ces plantes qui peuvent atteindre un bon 3 mètres. Une fois tout ça dégrossi, les weeders passent pour mettre au sol tout ce qui a été coupé au préalable, et retirer le maximum de « lianes » comme ils les appellent, différentes variétés de plantes grimpantes qui se faufilent et s’entortillent autour des plantes, et parfois la myrte en est littéralement couverte. Il faut s’armer de patience car au pire on progresse de 5 mètres à l’heure. Heureusement ce n’ est pas partout le cas et la plupart du temps on va aussi vite que le « harvester » qui nous suit quelques rangs plus loin pour récolter, une personne au commande et une personne à l’arrière qui s’assure que rien ne tombe à côté et remplit les sacs qui se succèdent au bout du tapis roulant attelé. Arrive alors Adam, le « pote » du manager, qui vient chercher les sacs et les amène au « shed » où ils seront transformés. Enfin les « hand harvester » munis de taille-haies qui font des sacs à la main avec ce qui pousse sur les côtés et que le harvester ne peut pas récolter…tout ce petit monde se fait allègrement dévorer par les hordes de moustiques et de petites moucherons qui infestent les ruisseaux alentours, tout ça sous une météo sans cesse changeante, car ici il pleut et il fait beau 3 fois par jour, vive la vie sous les tropiques… Enfin, ça fait toute une joyeuse troupe si on peut dire…

     Pas si joyeuse que ça en fait. L’ambiance est tout ce qu’il y a de lourde. Les australiens ne parlent qu’entre eux, de bières et de chiens généralement, à grand coups de « fuck » ou « fucking » tout les trois mots. Certains ne parlent pas, trop absorbés par les livres de « charme » qu’ils emmènent partout avec eux. Un bon concentré de tout ce qui se fait de plus « beauf ». Une seule personne sort du lot, Mana, originaire de Papouasie et ayant passé une bonne partie de sa vie en Nouvelle Zélande. C’est la plus ancienne des employés, 10 mois de service, pour une ferme qui a 15 ans d’existence ça semble un peu bizarre et pour cause… La première semaine, pas moins de 6 personnes, dont les italiens, se feront virés pour diverses raisons, toutes aussi obscures les une que les autres. La vraie raison étant qu’ils embauchant et virent les gens en fonction de leur capacité à craindre la hiérarchie, et de la densité de mauvaises herbes, dont ils se soucient bien plus que du sort de leurs employés. Heureusement pour nous, si on peut dire, on a Mana dans la poche, et comme elle endosse le rôle de la Gestapo au champ, vaut mieux l’avoir avec soit que contre soit, et on passe donc à travers les gouttes pour être définitivement embauchés.

Les italiens s’étaient installés dans une caravane posée sur la ferme, une fois leurs affaires pliées, c’est nous qui la récupérerons. En attendant on dort dans le van sur la parking des employés.

Propriété principale et maison de fonction

Propriété principale et maison de fonction

     Nous ne serons pas les seuls occupants de la caravane, une myriade d’espèces de bestioles en tout genre nous serviront de colocs tout au long de notre séjour. Deux chats, un chien, insectes, lézards, araignées, grenouilles et j’en passe, pas tous d’aspect très avenant…

     La deuxième semaine commence et on a déjà compris comment ça se passait ici. Kass, la patronne, dirige tout du bureau sans jamais en sortir, si ce n’est pour venir faire des remontrances sur le travail qu’effectuent ses employés, sans même savoir de quoi il retourne ni même pouvoir les nommer par leurs prénoms. Elle colle tout à fait à l’image qu’on se fait de la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles. Souriante à midi, tyrannique à 14h, lunatique comme pas possible et clairement blasée par 15 ans à la tête d’une ferme qui n’est pour elle qu’un business. On ne parle pas ici de militant bio et d’activiste de la vie saine, non non, c’est la santé de son porte feuille qui importe bien sûr.

Tony, le manager, et un peu la « main du roi », c’est lui qui sillonne la ferme, connaît vraiment les tâches de chacun, et pour qui les employés sont censés donner le meilleur d’eux même. Malheureusement il a été livré sans politesse ni respect d’autrui, ce qui est très embêtant pour un manager on en conviendra. Jamais bonjour, jamais merci, il s’adonne généralement à ses deux activités préférées : discuter accoudé quelque part et virer les gens que la mère supérieure ou lui même ont dans le nez. Ce n’est qu’à 15h le vendredi qu’il juge nécessaire de prévenir ses troupes qu’elles travailleront le lendemain, alors qu’il le sait depuis perpette…hummm toute ces choses que j’adore de la part de mes supérieurs et ils commencent déjà à me courir sur le haricot.

Heureusement la meilleure chose qui pouvait nous arriver se produit, on nous propose d’aller bosser tout les deux au « shed » pour remplacer une équipe qui s’en va. Parfait, ce n’est pas que le désherbage est désagréable ou épuisant, et puis c’est une tâche incontournable de l’agriculture biologique, mais 8h par jour, six jours sur sept, à défricher des rangs qui paraissent de prime abord à l’abandon tellement ils sont recouverts, ça pèse un peu sur le moral.

Nous voilà donc employé du shed, loin de tous, des ragots et de l’ambiance délétère du champ, puisqu’on bosse de nuit. Une première équipe fait du 6h30 – 15h00 et nous on prend le relais jusqu’à ce que tout le boulot soit fini. Ça peut être 23h, mais ça peut aussi être 5h30 du matin…C’est très poussiéreux, très très bruyant, mais au moins on est tranquille et on fait un paquet d’heures, jusqu’à 56h/semaine.

Voila comment ça se passe : on reçoit les sacs du champs qui s’entassent dans le shed, parce qu’ils ne peuvent pas être traités aussi vite qu’ils sont récoltés, donc quand on arrive à 15h00, on sait à peut près si on a affaire à une grosse journée ou pas, en voyant la taille du tas. Les sacs sont chargés par 6 dans le « dryer », sorte de grosse sèche linge qui doit envoyer autant de décibels qu’un moteur d’avion.

notre gros sèche linge à feuille

notre gros sèche linge à feuille

Au bout de deux heures les feuilles sont sèches. On vide tout ça dans un grand bac et on retire le plus gros des bâtons dont les feuilles, en séchant, se sont détachées. Ensuite on charge ça sur une rampe et on passe doucement les feuilles dans un gros tuyau où un courant d’air les aspire. Les feuilles montent dans un silo, les petits bâtons tombent dans un seau.

feuilles a foison

feuilles a foison

Une fois la benne vidée, on passe tout ça à la moulinette : le grinder. La myrte sort de là sous forme de confettis de toutes tailles qu’il va falloir trier.

grosse moulinette

grosse moulinette

Pour faire ça, on charge un autre silo au dessus du séparateur, sorte de gros tambour, constitué de plusieurs filtres plus ou moins gros, qui gigote et sépare les flocons en 4 calibres : 6.5mm, 3.2mm, 1.5mm et de la poudre.

séparateur

séparateur

Tout ça termine son chemin dans des cartons qui seront montés sur palettes et expédiés au quatre coins de la planète pour servir à la conception de cosmétiques, comme additif alimentaire goût citron dans des produits manufacturés bio, ou comme infusion.

De tout ça sort évidement une grosse quantité de bâtons, qu’on entasse dans des grosses bennes carrées. Une fois pleine, on les charge au tracteur dans une grosse étuve pour en extraire de l’huile essentielle. Un litre d’huile s’achète 200$, mais il faut presque deux jour et 3 grosses bennes pleine pour le produire, c’est du concentré !

huile machine

huile machine

Les grosses journées, on monte jusqu’à 600kg de production, ce qui revient à s’occuper de 6 tonnes de récolte, et au bout de parfois 14h de boulot, on rentre exténué, croisant presque les employés du matin, à notre caravane à 30m, où le son des fournées du matin de cet infernal dryer nous servira de berceuse…

Le rythme est dur, on est tranquille à gérer notre petit business, mais ça ne durera pas longtemps. Au bout de 2 semaines, sans consultation ni explications, on est assignés à remplacer l’équipe du matin. Les horaires deviennent fixes, 6h30 – 15h00, comme tout le monde, il y a moins de travail, mais on retrouve un rythme plus normal et on a plus de temps pour s’occuper du van. On ne perd pas grand chose au change, les horaires de nuit n’étant majorées que de 1$/h, ce qui au passage n’est pas du tout légal, mais passons. Les plans du van dessinés pendant les fraises peuvent sortir du placard, un tour chez Bunnings, le Castorama local, pour choper tout ce qu’il nous faut, une razzia d’outils sur la ferme et on peut commencer le chantier.

Les deux mois et demi ne seront pas de trop, en bossant dessus tous les jours de 15h30 au couché du soleil, et presque tous les week-ends qui bien souvent se résument au repos dominical, pour un résultat dont on est pas peut fier.

Par deux fois le calendrier nous a quand même offert des weekends de trois jours, sur lesquels on a sauté pour aller faire de la rando bien sûr. Je remercie au passage la reine d’Angleterre qui, soufflant sa 89eme bougie le 21 avril, nous en a offert un des deux. Elle est encore, a titre honorifique, à la tête du pays, et son anniversaire est une des grandes dates de l’année.

Un petit tour de 32km dans les Whitsundays histoire de dépoussiérer un peu la tente et le matos de rando, et surtout une sortie au Finch Hatton Gorge et Eungella National Parc où on a pu voir des platypus (ornithorynque). Bien content de cette petite rencontre car même ici ils ne se dénichent pas si facilement.

Pour la petite histoire, l’ornithorynque est un animal semi-aquatique endémique de l’est de l’Australie, y compris la Tasmanie. C’est l’une des cinq espèces de l’ordre des monotrèmes, seul ordre de mammifères qui pond des œufs au lieu de donner naissance à des petits complètement formés.

L’apparence bizarre de ce mammifère pondant des œufs, à la mâchoire cornée ressemblant au bec d’un canard, à queue évoquant un castor, qui lui sert à la fois de gouvernail dans l’eau et de réserve de graisse, et à pattes de loutre a fortement surpris les premiers explorateurs qui l’ont découvert ; bon nombre de naturalistes européens ont cru à une plaisanterie. Et c’est aussi l’un des rares mammifères venimeux : le mâle porte sur les pattes postérieures un aiguillon qui peut libérer du venin capable d’infliger de vives douleurs à un homme.

notre pote ornito :)

notre pote ornito 🙂

et d'autres grosse bêtes des bois

et d’autres grosse bêtes des bois

     Entre temps, on changera encore de postes pour enfin passer tout le mois de juin, un au shed, un au champ, alterné un jour sur 2 pour se partager le fardeau du weedeing. Chaque jour tu arrives sans trop savoir où on va te mettre, les nouvelles têtes, les démissions et les licenciement se succèdent, les backpackers comme les locaux sont traités comme du bétail par la direction. Faut dire que dans le coin il y a pas beaucoup de boulot, et si tu ne bosses pas dans le tourisme à Airlie Beach ou dans la canne à sucre, tu passes forcément à un moment ou un autre par la Lemon Myrtle Farm, et sa mauvaise réputation à depuis longtemps dépassée l’enceinte de la propriété !

On tient le coup par vents et marées, on sait pourquoi on est venu et on va y arriver : profiter des outils de la ferme pour faire le van, avoir nos 88 jours si on veut pouvoir postuler à une deuxième année de visa de travail, et remplir autant qu’on peut notre compte en banque. On ne paie la caravane que 80$/semaine et on sort des semaines entre 750 et 900$ chacun, ça motive.

Puis le mois de juillet arrive, le premier objectif est rempli, les 88j à bosser dans le domaine agricole sont dans la poche, et le gros du van est fini. Comme on est censé partir à la fin juillet, une nouvelle personne est placée au shed, la copine d’Adam en fait. Nous on aura eu droit à 3j de formation avant de se lancer seuls au shed, elle a droit à un mois et en binôme avec un mec qui sait très bien faire tourner tout ça. Comme quoi tout se passe à la tête du client.

     Entre temps la ferme a été vendu à des chinois, et les bouchées double ont été mises pour leur en mettre plein la vue. Il ne faut pas leur montrer tout de suite qu’ils ont acquis une ferme en piteuse état, quelque chose tombant en panne un jour sur deux, des clients pas content du tout du produit qui leur est livré, et un sacré ramassis de bras cassés comme employés qui ne peuvent pas saquer leur manager…bon courage à eux. Et nous revoilà dans le champ tous les deux, avec de nouveau un couple d’italien, arrivés le lundi, virés en fin de semaine. Tout le monde rase les murs quand Tony est dans le coin, baise la tête sous ses ordres de petit caporal. Nous ont fait notre boulot comme au début, bien, sans fioriture, mais la caravane est convoitée par Adam et sa copine fraîchement arrivée et le vent pour nous commence aussi à tourner. L’un ou l’autre sbire de Tony viendront nous signifier que je n’avance pas assez vite, que mon attitude ne correspond pas au stress ambiant dont tout le monde souffre, et j’en passe…Forcément la cocotte a fini par péter…grosse engueulade avec Tony au milieu du champ, quelques noms d’oiseaux, et on se casse sur le champ, la glacière sur l’épaule, direction la caravane. On plie nos affaire dans l’aprem et le lendemain on est parti, sans regret pour moi, un peu plus pour Laurie qui aurait bien aimé terminer de façon plus positive, avec 3 semaines de paies en plus mais mon seuil de tolérance avec le patronat est proche de zéro quand il prend son pti air supérieur 🙂

     Alors voilà, la Lemon Myrle c’est fini depuis le 9 juillet. On est quand même parti avec de conséquentes économies. Tout ce petit pécule devrait nous permettre de voyager un bon 6 mois, et de choisir dorénavant nos endroits et nos patrons sans être tenus par quelques échéances que çe soit.

Avec ce départ précipité, le van n’est pas encore prêt, et on trouve refuge chez Franck, un australien rencontré plus tôt, qui vie à deux pas de la ferme dans une caravane qu’il a agrandit de toute part avec des tonnelles faits de bambous. Un bon roots, qui aime parfois se balader tout nu, et qui est bien content de nous accueillir le temps de finir quelques bricoles et de lui filer un coup de main à aménager un coin de terrain pour les itinérants dans notre genre. Quelques coups de scie et de tournevis et voilà le résultat :

le salon

le salon

les chiottes

les chiottes

la cuisine

la cuisine

la salle de bain

la salle de bain

     Et le grand moment arrive enfin, après 20m² de bois, plus de 500 vis, trois pots de vernis et plusieurs mètres de couture, le van est prêt, le road trip peut commencer. Voila le carrosse qui nous emmènera, on l’espère, jusqu’au bout de notre épopée australienne :

Sur ce, des gros bisous à tous, on fil prendre la route direction la où la terre s’arrête, le cap York tout en haut du Queensland. Byebye.

 

Hey mates, awarioudouing?

     On ne pouvait commencer le premier article de notre épopée australienne sans vous faire partager cette expression typique que les autochtones s’adressent à tout bout de champs. En clair, ça donne « How are you doing ? » mais entre l’accent et la vitesse de prononciation ça sonne rarement comme ça à notre oreille, et ça signifie « Comment vas-tu ? » mais bizarrement ça n’attend aucune réponse et c’est plutôt utilisé comme un « salut ». Alors au début t’essaies de décoder, ensuite de comprendre pourquoi tout le monde y compris la caissière du supermarché, l’employé de la poste, et le gars qui promène son chien dans la rue te demande ça. Après tu fais l’effort de répondre et de leur renvoyer la question, puis tu t’agaces quand tu te rends compte qu’ils en ont rien à foutre de ta réponse, et enfin tu finis par ne même plus l’entendre.

Alors on s’excuse de n’avoir pas donné de nouvelles plus tôt mais c’est qu’on n’a pas chômé depuis notre arrivée, et que contrairement à l’Asie, la connexion internet se fait désirer. Le wifi gratuit c’est que dans quelques cafés et grands magasins et s’est souvent limité à une heure, les particuliers ont rarement de réseau domestique puisque ils ont tous la 3G avec leur abonnement téléphonique et que vu que nous on n’a pas de smartphone, on galère et on passe pour des ringards ou des marginaux. T’as beau changé d’hémisphère, de continent, de pays, de paysages, de langues, de cultures, de cuisine, de partout tu trouveras des gens rivés à leur écran tactile, ça s’est universel ! Quoi qu’il en soit j’espère que vous avez du temps, l’article risque d’être long :-).

     Bon, revenons-en aux faits et à notre arrivée au pays des kangourous. Première épopée, rejoindre l’adresse de notre couchsurfer dans Brisbane. En fait ce dernier habite une banlieue résidentielle qui n’est pas tout à côté et il nous faudra prendre pas moins d’un tram, deux bus, et une demi-heure de marche (pour être descendu au mauvais arrêt) pour arriver à destination. Il est tard et le couple de quadragénaire qui nous héberge a déjà bien commencé l’apéro. Au fil des quatre jours qu’on passera ici, on réalisera que bien que Tony et Lisa soit sympathiques et accueillants, ils ont néanmoins un très gros souci avec l’alcool. En gros ils commencent le cubi de vin blanc (imbuvable…) au retour du boulot, et autour de 20h, il est torché et eux aussi ! Lisa chante à tue-tête, klaxonne dans la rue à 2h du matin et nous raconte sa misérable vie, et Tony dort comme un loir, affalé sur son canapé, qu’il confond même parfois avec les toilettes…c’est un sacré taudis chez eux, un gros bazar ou se mêlent guitares, amplis et batterie, trophées de bowling, trois chiens, deux perroquets, et des cendriers pleins à craquer. Les animaux en moins, on se croirait de retour dans nos apparts étudiants :-).

Malgré leur coté clairement « cassos » ce fut une sympathique expérience de couchsurfing, et un véritable premier contact au premier sens du terme, parce qu’il semble qu’en dehors des grands centre urbains, les Queenslanders soient fidèles à leur réputation : un peu alcoolo et « beauf » sur les bords, parfois même limite consanguin. On se croirait perpétuellement à l’Intermarché de Blénod, pour ceux qui connaissent…

Tony ou la vie d'ivrogne sur le plancher

Tony ou la vie d’ivrogne sur le plancher

Bon, on aura quand même passé de bons moments ensemble, entre 5 et 7 ! On aura partagé de bons petits plats, quelques bons morceaux de musique, et un petit concert bien sympa, au pub du coin bien sûr, nos hôtes étant ravis de savoir qu’on a le permis, comme ça ils peuvent picoler et nous les reconduire…et voir au détour du golf notre premier wallaby :-).

The Mason Rock Band

The Mason Rock Band

Enfin ça nous aura aussi permis de nous occuper de toutes les formalités administratives de départ type numéro fiscal, ouverture de compte en banque et de ligne téléphonique, tout ce qu’on aime quoi… Et aussi de découvrir Brisbane, alors vous savez bien que les villes ce n’est pas notre tasse de thé et qu’on est vite en overdose mais celle-ci c’était pas la pire, plutôt jolie et agréable. Tout comme en Nouvelle-Zélande, ça sent le « jeune continent » et le mode de vie anglo-saxon, tout est très moderne, un centre-ville plein de buildings rutilants, et des banlieues pavillonnaires à perte de vue.

Skyline de Brisbane

Skyline de Brisbane

et sa petite plage artificielle

et sa petite plage artificielle

Notre vieille Europe et ses vieilles bâtisses nous manquent !

Bon il est temps de filer pour ne pas tomber avec eux dans la dépression aux senteurs d’alcool et de tabac froid. Un petit tour sur Gumtree (le Bon Coin local) et on tombe sur une annonce qui semble sympathique. Un jeune trentenaire nommé Jarrod propose le gîte et le couvert pour un peu de boulot dans sa maison à une heure de là, alors c’est parti direction Toowoomba.

     Toowoomba est la deuxième plus grande ville du « back country » (entendez par là qui ne se trouve pas directement sur la côte), après Canberra la capitale. Pas beaucoup plus grand que Metz ou Nancy, cette ville à la réputation d’être l’épicentre du crime et de la violence…peut être qu’ici la police ne s’occupe pas que des chats dans les arbres et des problèmes de circulation… Ici, les « quartiers chauds » à côté des nôtre, c’est bisounoursland !!!

Nous voilà installés au sein d’une famille plutôt atypique dans une sorte d’auberge espagnole. Toute cette joyeuse troupe se compose comme suit :

  • Jarrod, 30 ans, dreadlocks et short à fleurs, son amie allemande Anna et leur bébinou de six mois, qui veulent faire de leur maison une auberge de jeunesse.
  • Le père de Jarrod et son amie indonésienne, qui dorment sur un matelas miteux, tantôt par terre dans le salon, tantôt dans le jardin sous une bâche. Et oui sous une bâche…
  • Chewee, 23 ans, un grand gaillard tout fin, venu comme nous filer son coup de main en attendant de reprendre l’école après six ans à cueillir des bananes dans le Far North.
  • Robert, 19 ans, lui aussi de passage, à mi-chemin entre la narcolepsie et la délinquance d’ado pré pubère…
toute la famille

toute la famille

Jarrod, Anna et le bout de chou

Jarrod, Anna et le bout de chou

Deux semaines passées à faire de la peinture, du jardinage, à zigouiller des poulets, et pleins de bon petits plats grâce à notre fournisseur de bouffe officiel : les poubelles d’Aldi. Dans cette petite communauté, le « dump diving », ou plongeon dans les poubelles, et une activité quotidienne à part entière. Chaque soir, un petit tour des différents Aldi de la ville s’organise à la tombée de la nuit. Pourquoi Aldi, parce que c’est la seule enseigne qui ne cadenasse pas ses poubelles…

plumage de poulets

plumage de poulets

Chewee et son caddy pour enlever les dernières plumes

Chewee et son caddy pour enlever les dernières plumes

De simples observateurs, on passera vite maîtres dans le dénichage de trésors orduriers. Des dizaines de kilos de pain à en faire péter le congélo, des fruits à ne plus savoir quoi en faire, de la viande, des yaourts, des œufs par douzaine, du café, mais aussi de la lessive, gel douche et shampoing, des fringues, des couteaux de cuisine, et tout autre objet incongru qu’un Aldi peut vendre. Bref j’en passe, une vraie mine d’or une fois plongé dedans jusqu’au coude. Avec autant de matière première on a pu se lâcher en cuisine et assoir notre réputation de chefs marmitons :-).

muffins 100% poubelle!

muffins 100% poubelle!

Ça tombe bien parce qu’il va en falloir du temps, car internet est toujours aussi difficile d’accès. On jongle entre l’heure journalière que proposent différentes enseignes, assis sur le trottoir, et la librairie qui a aussi un accès limité et qui n’est pas à côté. On va vite se rendre à l’évidence de trois choses : d’une, on fait partie de l’extrême minorité qui n’a pas internet dans la poche, du coup quand on voit une offre, elle a déjà été consultée plusieurs centaines de fois et on est la 5eme roue du carrosse. De deux, même quand on est dans les premiers à répondre, il ne faut pas trop compter sur une réponse même pour un refus… Et de trois, sans véhicule ça s’annonce très très compliqué parce qu’on postule dans tout le Queensland et le New South Wales, soit une zone d’à peu près 1500 km de large sur 3000 km de long. Autant dire que pour être sur place rapidement en faisant du stop c’est pas gagné, et la plupart des fermes ne logent pas…

     Après les 200 candidatures spontanées envoyées depuis Kho Payam, dans tous les fermes bio du Queensland et pas moins de 300 réponses à des offres d’emplois passées sur Gumtree, restées sans réponses ou infructueuses, on change notre fusil d’épaule et on se met à la recherche d’un van d’ouvrier (vide, bien mieux entretenu que les vans des backpackers, et beaucoup moins cher). Objectif : y jeter un matelas et une bouteille de gaz pour la popote, être autonome et pouvoir filer n’importe où dans un rayon de 1500km en 24h. L’Australie sans véhicule, c’est possible, mais seulement pour y faire du tourisme…

retour vers Brisbane pour choper le van

retour vers Brisbane pour choper le van

Pour ça, trois jours suffiront, la proximité de Brisbane nous offre juste le choix nécessaire et Gaetan commence à être expérimenté sur le sujet. La troisième visite sera la bonne, voici notre nouvelle maison : un Mercedes MB100 de 2001, nikel, diesel avec moins de 300 000km au compteur pour 2800$, racheté à un électricien croate.

La nouvelle maison

La nouvelle maison

et le sommaire interieur

et le sommaire intérieur

     Et le bal des seconds hands shops commence (boutiques de produits d’occasion type Emmaüs mais ici c’est principalement l’Armée du Salut). On est samedi et tout est fermé, mais pas les dépôts ou les gens viennent faire leurs donations… C’est pas très fairplay mais il n’y a plus qu’à se servir… Et hop un matelas, un petit meuble, tout ce qu’il faut pour le cuisine et même une canne à pêche et un extracteur de jus qu’on offrira à Jarrod et qui nous permettra de passer nos tonnes de fruits, tout ça pour pas un dollarJ. Une petite palette sur mesure pour le sommier et on est au top… J’insiste sur le « sur mesure » parce que cette anecdote qui semble anodine en cache une autre qui l’est beaucoup moins. Afin de parfaire la mise en place de la dite palette, un maître d’œuvre de choix nous est pour ainsi dire « tombé du ciel »… ou plutôt de la gare routière ou je suis allé le chercher quelques heures auparavant. « Presque » sans l’avoir dit à personne et dans le « quasi » plus grand secret, qui qui vient d’atterrir fraichement à Brisbane ??? Certains d’entre vous le savent déjà, et les autres le découvriront en répondant à Julien Leperce :

                «  – Je suis grand, sec, j’ai les cheveux court et une petite barbe. Je suis toujours partant, j’ai toujours le mot pour rire, je suis toujours là pour les copains. Je suis originaire de Pont à Mousson, et si je ne retourne plus les tables quand on ne me donne pas de clopes je joue toujours avec les couteaux. Je suis travailleur, et quand je n’ai pas de boulot je fais tout pour en trouver. Ces dernières années je m’attèle à la fabrication d’alcool, et depuis toujours je suis avec les copains à le déguster à grandes lampées. Je chante Queen sous la douche, fait de la batterie avec tout ce qui me tombe sous la main et roule en Mini. Je suis je suis………………….Monsieur Xavier !!!!!!! »

avec le short assorti!

avec le short assorti!

     Nous voilà un de plus dans notre colloc de hippie, mais pour pas bien longtemps. A peine le gros arrivé que le téléphone sonne (enfin). Nos CV sont passés de main en main pour finalement tomber sur le bureau de Charmaine, propriétaire d’une exploitation de fraises à Wamuran, à 170km au nord. Super à première vue, sauf que le boulot commence le lendemain, il est déjà 17h et malgré la puissance de mon ouvrier hors pair, le sommier n’est pas fini. Tant pis on fera avec. Même pas le temps de prendre l’apéro qu’il faut déjà se dire à plus tard. On pendra la route à 4h du mat pour être dans les champs à l’heure (première expérience de route de nuit en raz campagne, c’est du sport d’éviter les wallabies !) et on laisse le gros derrière nous entre les mains de Jarrod et de sa joyeuse troupe.

Nous voilà parti pour trois semaines de plantation de fraisiers, tous les rangs sont plastifiées, prêts à être plantés, le Round Up à bien été épandu partout pour être sûr que rien de vivant ne persiste. Le premier chargement de plants de fraises attend dans la chambre froide. Le boulot se passe ainsi : les plants sont au nombre de 500 par caisses, et chaque caisse plantée rapporte 40$ hors taxe. Chacun de son côté du rang, on plantera des fraisiers à la chaine au rythme de 4000 à 4500 pieds par jour et par personne, en commençant à 6h et finissant entre 13 et 15h, ce qui en fait un boulot plutôt bien payé.

les fraises à perte de vue

les fraises à perte de vue

Plusieurs autres camions se partage le parking. On est une petite trentaine à bosser là, mais les quinze asiatiques logent ailleurs. La troupe installée sur place se constitue fifti fifti de français et d’allemand, et de deux italiens. Toilettes, douches, machine à laver, gazinière, tout à dispo pour 30$ par personne et par semaine, autant dire une aubaine. D’autres backpackers moins chanceux passent, pour trouver du boulot, par les fameux « contractors » des « work hostels ». C’est que faire bosser les PVTistes est devenu un vrai business, et des petits malins n’hésitent pas à se faire de l’argent sur leur dos en profitant de leur besoin de trouver du boulot à tout prix, pour avoir ces fameux quatre-vingt-huit jours qui permettent de prétendre à la deuxième année de visa. Les travelers connaissent aussi très mal leurs droits et constituent donc des pigeons de choix. Le principe est simple, on t’explique qu’il y a une auberge de jeunesse où tu vas pouvoir habiter et qu’en plus elle se chargera de te trouver du boulot. A première vue ça a l’air sympa, sauf que tu commences par payer le « deposit », souvent l’équivalent de deux semaines de loyer soit environ 400$, pour pouvoir accéder à leur service. En principe et dans la mesure où tu les préviens deux semaines avant ton départ, tu les récupères, mais en pratique, tu ne les revois jamais. Après ça, tu peux commencer le boulot mais tu vas vite réaliser que tu es devenu une sorte d’intérimaire, du coup tu es envoyé partout où il y a des trous à boucher ou une suractivité de travail, ce qui fait que tu bosses peu, parfois pas du tout… Tu découvres ensuite que ton auberge de jeunesse est en fait un vieux hangar miteux ou tu seras entassé avec d’autres pauvres bougres comme toi. Et enfin, sur le peu que tu gagnes, le fameux contractor prend sa part, et les jeunes qu’on a vus de passage dans nos rangs n’étaient plus payés que 30$ les 500 pieds, pour exactement le même travail que nous. La semaine au « backpacker » te coûte entre 150 et 200$, sans compter les trajets au boulot ou l’internet, tout ça est en plus… Bref, s’il te reste 100$ à la fin de ta semaine, tu es content, et ce petit jeu fonctionne depuis bien longtemps, au vu et au su de tout le monde, sans que cela ne pose aucun souci. C’est l’esclavagisme moderne à la mode australienne dont beaucoup ont fait et feront encore les frais…